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23 juillet 2006

Pourquoi Olmert a attaqué le Liban

Pourquoi Ehud Olmert a attaqué le Liban ? Vous vous doutez bien que cette décision n'a pas grand chose à voir avec la vie des deux malheureux militaires Israéliens capturés, on ne sait pas très bien où, à la frontière Israélo-Libanaise.

Je la pense motivée par les 5 facteurs qui suivent :

1. Les circonstances exceptionnelles de l'arrivée au pouvoir d'Ehud Olmert :
Voici un homme catapulté à la tête de son pays à un moment où il ne s'y attendait pas, et à un moment historique pour son pays où tout le monde l'attend. Ehud Olmert arrive au pouvoir après le brusque retrait d'Ariel Sharon, plongé dans un coma sans retour. Il succède à un Sharon, au sommet de sa carrière politique, qui a fait preuve d'un panache incroyable et d'une volonté de fer pour imposer à la communauté internationale une excommuniation de Yasser Arafat et la construction d'un mur odieux entre Israéliens et Palestiniens, puis pour imposer à l'aile dure de son parti, le retrait unilatéral de la bande de Gaza, avant de scinder le Likoud, de créer Kadima pour imposer au pays, aux palestiniens et au monde sa vision propre de l'avenir. Sharon a réussi tout cela sans ternir son image, bien au contraire. Il a débuté son come-back en provoquant la deuxième intifada, avec une réputation de général boucher (Sabra et Chatila) et de nationaliste raciste et belliciste. Avant de se mettre en veille, Ariel Sharon a réussi le tour de force de s'auréoler d'une image d'homme de paix, visionnaire et légitime (y compris parmi certains de ces ennemis historiques). Sharon pouvait utiliser les ultra-orthodoxes les plus enragés de son camp pour montrer au monde le courage de sa décision de retrait de la bande de Gaza s'attirant les voix de la clientèle traditionnelle du parti travailliste, tout en se montrant d'une implaquable sévérité envers les arabes (palestiniens et autres) ce qui attirait les partisans du Likoud. Et c'est au moment le plus crucial de ce qui devait être l'ère Sharon qu'Olmert arrive, un peu comme si Pompidou succédait à De Gaulle juste après le référundum de 1958. Olmert conduit les premières élections de Kadima, un parti fait par et pour Sharon. Olmert s'engage à évacuer la cisjordanie, sans avoir la carrure ni la légitimité d'Ariel Sharon. Il doit donc gagner ce crédit, et démontrant à la droite dure qu'il sait se montrer ferme et impitoyable contre les ennemis d'Israël (Hezbollah). Il doit montrer au monde qu'il ne manque pas de détermination et de force. Et voila que Dan Haloutz, chef d'Etat major, lui sert le Liban et la destruction de Hezbollah sur un plateau...

2. Israël gagne les guerres mais pas les guérillas :

Si Israël est sorti (facile) vainqueur des 5 dernières confrontations Israélo-arabes, et que Tsahal dispose d'un ascendant certain sur toutes les armées environnantes, cette supériorité est sérieusement mise à mal dans les conflits mous et endémiques : Israël ne sait pas et n'aime pas gérer les intifadas, les guérillas, et les harcélements quotidiens du Hezbollah...

L'Etat hébreu a en effet beaucoup à y perdre : pertes militaires limitées mais répétées et continues (insupportable pour l'opinion publique israélienne qui connait bien la réalité de l'armée par le système de conscription le plus large de la planète) et des pertes civiles imprévisibles (pas de front) et démoralisantes (assassinats de colons, attentats à Tel-Aviv, Netanya).

Et lorsqu'il passe à l'offensive, ses attaques dans ce type de contexte (assassinats ciblés, balles de plastic contre des adolescents, destruction de domiciles, harcélement dans les check-point) lui sapent son image internationale et le moral intérieur du pays (défection de pilotes de Tsahal, chute de popularité des gouvernements), tout en affectant sérieusement l'économie du pays (baisse des investissements et du tourisme).

Israël ne gagne rien à s'empêtrer dans des guérillas sans fin : l'arme nucléaire n'étant, dieu merci, pas utilisables dans ce contexte, Israël tente de renforcer son pouvoir de dissuasion en répliquant aux guérilleros avec une violence sans bornes.

3. L'Amérique a soif de victoires contre le terrorisme :

Les Etats-unis ne cessent de s'embourber en Irak, avec une sécurisation du pays qui semble impossible à achever (50 morts par jour) et un engrenage ethnico-religieux qu'ils ne maîtrisent pas.

Ils ont besoin de redonner du crédit au vaste projet de Bush de nouveau Moyen-Orient en ouvrant un autre front contre le terrorisme international. L'amérique ne pouvant pas se payer ce luxe, elle voit d'un bon oeil que l'allié Israélien s'en charge.

Et Israël , qui a réussi, après le 11 septembre, à labelliser comme terroristes l'ensemble des guérillas de resistance contre son occupation des territoires de 1967, ne peut pas rater cette occasion historique de faire le ménage au sud Liban et à Gaza et de faire payer cher aux organisations qui le harcèlent le prix de leur audace.

4. Il faut faire sortir l'Iran de l'échiquier proche-oriental

Il est une menace géopolitique que les Israéliens ne sous-estiment pas : les efforts des Iraniens de se doter de l'arme nucléaire.

Or, Israël, dans un environnement qui lui est encore majoritairement hostile, tient à demeurer la seule puissance nucléaire de la région. Cela lui donne un pouvoir de dissuasion et un ascendant dans les négociations qu'il tient à garder.


Comment braquer l'opinion internationale contre l'Iran ? Comment accélérer et sévériser les sanctions contre ce pays pour mettre en frein à son programme nucléaire ?

En s'attaquant très violemment à Hezbollah et au Liban, Israël force les Iraniens à intervenir et à révéler leurs cartes. Soit l'Iran s'implique activement dans le conflit, ce qui révélera à la communauté internationale le danger d'un "Iran nucléarisé", soit l'Iran abandonne Hezbollah, ce qui supprimera le front Irano-Israélien et déplacera plus loin de Tel-Aviv et de Haifa les missiles de Téhéran.

5. Isoler le Hamas pour évacuer la Cisjordanie :

Dans la logique unilatérale de la politique Sharon, Olmert tient à évacuer la Cisjordanie dans les meilleures conditions en terme de rapport de force. De la même façon, que Gaza fut évacuée avec un Fatah exangue, la cisjordanie doit être évacuée avec un Hamas affamé et isolé, selon les conditions dictées par l'intérêt d'Israël.

Il faut donc s'assurer de l'impossibilité d'une alliance ou d'une connection Hamas-Hezbollah qui aménerait aux palestiniens des soutiens et des armes non-souhaitables (Iran, Syrie, Liban...).

Comment ? En fermant définitivement le front nord d'Israël : l'intervention violente de Tsahal contre la totalité du Liban justifie l'arrivée au Liban sud d'une vraie force d'interposition internationale, qui sécurisera pour Israël sa frontière nord sans que l'armée ou le budget de l'Etat d'Israël en fassent les frais.

Au vu de ces cinq clefs de lectures, la décision d'Olmert, paraît certes, machiavélique et cynique, mais non dénuée d'intelligence politique et stratégique. Ce que Olmert et son état-major sous-estiment gravement, c'est :

1. La diificulté militaire à venir à bout du Hezbollah, trop enraciné et disséminé dans toutes les franges de la population du Liban-Sud
2. Le tort qu'ils portent à l'image d'Israël dans le monde et aux yeux des citoyens d'Israël
3. Le danger pour Israël d'avoir à sa frontière nord, un pays durablement destabilisé
4. et surtout, le terrorisme supplémentaire que cette injuste "guerre du Liban" va générer dans les années à venir

Malheureusement, ces quatre facteurs risquent de nuire très fortement aux populations de la régions...

Prochain épisode : Dans la peau de George W. BUSH



Pour aider les civils Libanais, cliquez ici

CRYZALID, critiques optimistes / 14 Août 2006


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2 Comments:

Anonymous Mika said...

Je trouve cet article tout simplement brillant.... Le fond, la forme, c est clair et impartial.
On pouvait peut etre aussi penser que la situation devenait inquiétante au Nord de la ligne bleue et que Olmert prévenu par le Mossad se devait d 'agir avant que Haifa ou Tel Aviv ne se retrouve sous les roquettes...

07:36

 
Anonymous nadia said...

Bonne analyse! J'attends Bush avec impatience...

15:03

 

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