"parce que les critiques sont nécessaires pour améliorer le monde et que l'optimisme permet d'y croire"............................http://cryzalid.blogspot.com

25 juillet 2006

Le réveil culturel du Maroc


"Une qualité de vie exceptionnelle mais une vie culturelle léthargique", voila le package qu'on a longtemps annoncé aux expatriés occidentaux allant s'installer au Maroc.

Oui, mais voila ! La qualité de vie s'est légèrement dégradée (plus de voitures, plus d'islamistes, plus de délinquance, un niveau de vie qui a augmenté...) et la vie culturelle s'est transfigurée. Vivre à Casablanca aujourd'hui, ce n'est certes pas encore la densité culturelle des plus grandes métropoles du monde, mais il y a un bouillonnement palpable, un vent de créativité, des audaces qui se répondent et se fécondent, et un Maroc nouveau qui s'invente.

Dressons sommairement le tableau culturel des 40 années post-indépendance : une liberté d'expression très relative, une vie littéraire faible, des représentations de théâtre qui se comptent sur les doigts des mains, une culture arabophone maladroite qui singe les productions égyptiennes ou libanaises, une culture francophone néo-coloniale qui imite comme elle peu ce qui vient de l'ex-métropole. Quelques exceptions, avec l'audace flamboyante du théâtre de Taieb Saddiki, avec une école marocaine de la peinture très interessante (Chaibia, Cherkaoui, Gharbaoui, Ben Yssef...) et puis c'est à peu près tout. Des centres culturels étrangers qui animent comme ils peuvent une grande endormie appelée culture, comme des petites oasis noyées dans le désert. Une presse nationale capable de briller dans le domaine du pire, avec l'obséquieuse grandiloquence du cultissime "Matin du Sahara" dont le style ampoulé et lyrique a marqué de son empeinte si particulière la jeune francophonie marocaine, cette phrase que vous lisez en témoigne bien, je trouve. Quelques vaudevilles marocains le plus souvent absurdes et vulgaires. Un cinéma aussi prétentieux que débutant, inexportable mais néanmoins folklorique. Des vieilles traditions musicales interprétées sans passion et sans moyens et préservées religieusement dans le formol. Des publicités low-fi tellement ridicules qu'elles frisent le génie. Le GRAND WALOU... comme dirait un de nos excellent voisins Algériens nommé Fellag.

Et puis, l'expression se libère, de nouvelles générations arrivent décomplexées vis-à-vis du passé, des Français, de la Oumma arabe et des artisans de sa Nahda qui créchent à Beyrouth ou au Caire. On ose s'exprimer. On ose utiliser son propre style, on glisse du dialectal dans le classique, de l'anglais dans le tamazight. On mélange. On imite les dernières tendances de Soho, de Barcelone ou de Harlem puis on marocanise dans la joie et la bonne humeur.

La réalité marocaine est inspirante avec cette drôle de langue, la darija, en évolution constante, qui brasse 25 langues, qui invente des expressions, des mots et des intonations, tous les jours à tous les coins de rue. Et les artistes, les journalistes et les publicitaires l'ont bien compris.

Gad El-Maleh, qui nous a fait rire aux larmes avant de conquérir Paris, c'est un concentré d'humour Casablancais "mya fil mya". Il fait rire tout le monde au Maroc, même ceux qui ne parlent pas Français.

Hoba Hoba, pour revenir à eux, mélangent Français, Arabe, Anglais, mixent Reggae et Gnawa, Bob marley et Nass el ghiwane, des expressions casablancaises de derrière les fagots, des personnages et des réflexions made in Maarif, et ça donne quelque chose d'unique et d'authentiquement marocain et casablancais, une culture qui résonne bien auprès des Casaouis.

Telquel invente le vrai journalisme à la marocaine. Après avoir remué le petit monde de la presse francophone, ils attaquent désormais de front le gros morceau arabophone avec "Nichane".

"Nichane", un titre de presse en darija, qui rappelle que cette langue est en plein reveil et qu'elle est promis à un brillant avenir : la darija, c'est ce qui se fait de plus "in "dans la publicité marocaine contemporaine avec le fameux "Faites du choufing" de Sony et le tout nouveau "Tilifoune dial dar" de Méditel.

C'est la darija que Youssouf Amine Elalamy a utilisé pour écrire un petit livre savoureux "Tkarkib ennab", qui dresse dans une langue mcharmla et mgarmla des portraits désopilants et très justes de personnages typiques du Maroc contemporain : de la vieille bourgeoise bigote mais gourmande au sympathique flic roublard sur les bords. Des petits textes d'une page chacun illustrés de "photo montages" qui jouent avec les figures bien connues des cartes à jouer hispano-marocaines : la sauta, le cabal, le rey, les sbada, el k'hal...Un premier livre en darija qui m'a donné un plaisir de lecture et de déchiffrage que j'ai rarement connu auparavent, et qui prouve que la darija est loin d'être une sous-langue condamnée à le rester pour l'éternité. Le dialectal littéraire marche, et c'est épatant.

"Marock" n'est pas un chef d'oeuvre du cinéma universel. Ce n'est pas un film représentatif de la réalité de tous les marocains, loin de là. Et il est évident que tel n'était pas l'intention de Leila Marrakchi. Mais Marock décrit avec audace la réalité de vrais Marocains, très bourgeois certes, mais authentiques, charnels, réels, que l'on peut rencontrer. Le film soulève des vrais débats de la société marocaine contemporaine et inaugure un cinéma marocain qui sort du carcan de la bizarrerie ethnique pour raconter la vie de vrais gens, renvoyer aux Marocains une partie de leur image et intéresser les autres avec une réalité de chez nous qui peut renconter un écho intéréssant en dehors de nos frontières. Un petit film dans le cinéma mondial, mais un vrai phénomène qui va compter dans l'histoire du cinéma marocain.

Ce thème fera l'objet de nombreux articles à venir.

CRYZALID, critique optimistes. Le 30 Août 2006
http://cryzalid.blogspot.com

1 Comments:

Anonymous nadia said...

Ravie d'entendre ces échos de la part d'un compatriote installé à l'étranger alors que beaucoup ici ne réalisent pas la petite révolution en cours. Tour d'horizon complet. J'espère au moins que la presse en darija arrivera à se faire une place sur le marché financièrement parlant et qu'elle contribuera à attirer plus de lecteurs. Moins de 1% de la population marocaine achète un journal...C'est dramatique!

12:30

 

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