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22 juillet 2006

Le PS : 23 ans sans idées neuves…


"Qui aime bien, chatie bien"

Que mes amis socialistes veuillent bien m'excuser pour ce qui suit : un constat sévère et sans concessions d'un socialiste sincère qui attend davantage de son parti préféré.

Qui aurait pu imaginer dans l’extraordinaire bouillonnement d’idées progressistes des années 60, qu’un jour le socialisme serait à court d’idées, et que ce jour se prolonge plus de 20 ans ?

Les gauchistes les plus passionnés ont peut être rêvé que le socialisme devienne à terme inutile, dans une société qui aurait achevé de concrétiser leurs idéaux d’égalité et de justice sociale.


Mais qui pouvait croire que cette panne d’idée intervienne dans un contexte où le capitalisme le plus rude reprend du poil de la bête ? où les inégalités s’accroissent ? Où le chômage de masse s’installe dans la durée ?

Personne !

La gauche avant 1983 : une formidable usine à idées

La richesse intellectuelle de la gauche a été l’une des grandes constantes de l’histoire politique de la France au XXe siècle. Les socialistes de la SFIO puis ceux du PS et leur famille de pensée (CGT, PCF…) ont irrigué la politique française de nombreuses idées, de nombreux projets, qui ont changé, de façon spectaculaire, la vie des Français (réformes du front populaire en 1936) et structuré fondamentalement la vie politique de ce pays.

A l’exception notable du Gaullisme (qui a eu son idéologie propre), faire de la politique en France, c’était essentiellement se définir "pour ou contre" les idées de gauche. Un intellectuel, disait-on, était forcément de gauche. Et si ce propos est sans doute excessif, les exceptions, du moins étaient rares : Raymond Aron, André Malraux.

Cette formidable usine à idée était animée par une « élite de gauche » faite d’intellectuels, de professeurs, d’instituteurs et d’une large classe instruite (militants, fonctionnaires, professions libérales). Cette élite, qui gravitait plus ou moins loin dans l’orbite socialiste, pouvait puiser sa compréhension du monde réel dans le contact avec les ouvriers, à travers des syndicats forts, capillaires et très actifs (associations sportives, cours du soir…).


Elle pouvait confronter cette réalité concrète qu’elle rencontrait dans les usines, avec ses idéaux sociaux pour élaborer des idées politiques et des projets concrets. Une fois ces idées politiques élaborées, les partis de gauche et les syndicats avaient la capacité des les diffuser largement dans les couches populaires à travers le tissu syndical et associatif.

C’est ainsi que la gauche s’est battue à coups d’idées pour l’accroissement des droits sociaux, pour l’application des droits de l’homme, pour l’installation de services publics sur tout le territoire et pour tous les besoins fondamentaux, contre le colonialisme, contre le racisme, pour la liberté sexuelle, pour la cause féministe, contre la peine de mort, pour l’Europe…

Après 1983, la machine à idées socialiste se grippe

1981-1983 constitue une apogée de la politique progressiste mise en action : F. Mitterand, euphorisé par sa victoire historique (après 2 échecs aux présidentielles) et précipité par la perspective d’un cancer qu’il savait mortel, enchaîne les réformes à un rythme effréné.


Tout le monde, dans le « peuple de gauche », est persuadé que l’on va changer la société, avec des idées généreuses, appliquées avec un volontarisme inédit (dans l’histoire du pays, et dans l'environnement international de l'époque, où les anglo-saxons nous observent avec ébahissement et moqueries).

Et puis, c’est 1983, une crise financière aigue, un chômage et une inflation qui explosent, une conjoncture internationale défavorable et le gouvernement Mauroy qui décide de décréter la « rigueur », au nom de l’intérêt national du pays. Un contre-choc violent après le feu d’artifice de 81.

Et puis…plus rien… plus d’idée nouvelle ! L’encéphalogramme socialiste s’aplati brutalement.

Les congrès socialistes se suivent et se ressemblent : les mots employés sont les mêmes. Les tabous n’ont pas changé. On y entend les même incantations et les mêmes débats (pour ou contre le capitalisme, pour ou contre l’alliance avec l’extrême gauche, pour ou contre l’europe). En sortie, les résolutions et les programmes ne changent pas non plus.

Quelles sont les recettes que nous ressassent nos camarades socialistes depuis ce temps là ? qu’il faut distribuer davantage les richesses, qu’il faut augmenter le salaire minimum, qu’il faut re-nationaliser des entreprises récemment privatisées, qu’il faut revoir à la hausse l’impôt sur le revenu, qu’il faut créer de l’emploi public, qu’il faut stimuler la demande pour relancer l’économie…

Cela ferait bien plaisir à Keynes et à Blum de voir que leurs idées sont encore là, intactes, 50 ans plus tard.

Mais, cette logique re-distributive à outrance ne fonctionne plus : malgré des prélèvements et des budgets sociaux pharaoniques, des collégiens ne savent pas lire, des lycéens sortent du système éducatif sans compétences et sans diplômes, les diplômés chôment, les chômeurs sont malheureux, les travailleurs se plaignent et les retraités craignent pour leur avenir. Et plus grave que cette morosité généralisée (gauloise ?), les pauvres restent pauvres alors que les riches s’enrichissent. Jaurès doit se retourner dans sa tombe.

Et alors que le discours en vigueur reste désespéramment figé, la politique de gauche, exercée par les différents gouvernements socialistes de ces deux dernières décennies, converge dangereusement vers celle de droite.

Une offre idéologique qui ne se renouvelle pas et des vieilles idées qui s'obstinent dans l’échec : Logiquement, les électeurs traditionnels du PS se détournent. Il se rendent bien compte après de multiples alternances que la politique du père Noël ne dure pas toute l’année, et que les socialistes, arrivés au pouvoir, ne tardent jamais bien longtemps à remettre la barre au centre (droit).

Le PS (on le vérifie à chaque scrutin) s’est coupé de sa base électorale traditionnelle populaire et ouvrière. Avec son score au premier tour des présidentielles de 2002, il se voit contester sa position de seconde force politique majeure par le longtemps marginal FN.

Et pour couronner le tout, la droite, longtemps complexée sur le terrain des idées, taxe la gauche d’incarner le « nouveau conservatisme », obnubilé par la préservation de ses acquis et incapable de proposer des alternatives. Dopée par le travail prolifique des think tanks anglo-saxons, la droite française ne cesse de se ragaillardir à coup d’idées et de concepts nouveaux (au moins dans la forme) : immigration choisie / "droits égaux–devoirs égaux"/ politiques de l’emploi plus incitatives / discrimination positive.

Et la gauche, fleurant bien l’imposture intellectuelle de ces nouvelles idées ultra-libérales, ne sait rien opposer à la « pensée unique ». Elle rêve de troisième voie sans pouvoir la formuler. Et lorsqu’elle observe ses camarades socialistes allemands ou anglais, renouveler leur corpus idéologique et mettre en place des réformes nouvelles, elle dénonce la contagion libérale. Les vieux démons congénitaux du socialisme, « trahison de l’idéal révolutionnaire » et la « collusion avec l’ordre bourgeois », hantent encore les couloirs et le esprits rue de Solférino.


Pensée socialiste : les raisons d’une panne

J’attribue cette panne d’idées du parti socialiste à plusieurs facteurs :

1. La lente agonie des syndicats français :


- Ils ne représentent plus que 7% de la population active en France après des décennies de baisse continue des effectifs.

- Des syndicats moins puissants, décapités par la désindustrialisation et la hausse du chômage qui privent le PS de ses relais dans les couches populaires.

2. Une génération "politiquement moins douée" :

- La génération des énarques d’après 1945 a succédé à une longue lignée de héros socialistes (J. Jaurès, J. Guesde, L. Blum, P. Mendès-France, et …F. Mitterand).
- Faisant leur apprentissage politique à l’ombre de ces monstres, ils se sont concentrés ce qu’il savaient faire de mieux, et que leurs aînés maîtrisaient moins : une politique technocratique et professionnelle, une politique d’appareil et de lobbying, une politique laborieuse qui travaille sur la base d’une maîtrise des dossiers, par opposition à la politique vibrante, idéologique et populaire des tribuns qui les ont précédés.
- Ces professionnels de la politique savent interpréter les aléas de l’opinion publique sans arriver pour autant à être en phase avec le peuple. Leur prise de risque est moins grande et mieux calculée. Ils gèrent leur image et leur positionnement sur l’échiquier politique, au lieu de comprendre et de faire vibrer le peuple.
- Des « experts » de la politique plus cérébraux et plus calculés, mais moins charnels et moins tactiles que les « animaux politiques » de l’ère précédente : le lien avec le peuple se distend !

3. Un snobisme de gauche par rapport à l’économie :

- La technocratie ne forme pas les hommes politiques les plus populaires. Les technocrates de gauche, peut-être pour se distinguer de leurs camarades (d’école) de droite, ont cherché à se faire pardonner cette tare originelle, par une attitude toujours distante envers les « ennemis de classe » de leur clientèle électorale, « les patrons » et leur joujou préféré, l’économie. Les politiques de gauche ont toujours manié avec précaution et parcimonie le jargon économique dans leur discours politique.
- Avec l’exercice concret du pouvoir, ils se sont heurtés à l’impitoyable réalité de la vie économique, ont modifié leur mode d’action politique en conséquence, sans toutefois l’intégrer dans leur discours et leur idéologie.
- D’où une schizophrénie croissante entre l’action et le discours difficile à assumer après des électeurs, et une difficulté absolue à faire évoluer l’idéologie socialiste française au diapason du monde réel.
-
L’économie joue aujourd’hui, plus que jamais auparavant, un rôle central dans la vie quotidienne des citoyens. Se couper de l’économie réelle, c’est courir le risque de ne pas la comprendre, c’est se couper de la vie des gens, c’est être incapable de la changer.
- Marx, lui même, a commencer ses travaux par une étude précise de l’économie réelle. Marx est encore enseigné aujourd’hui dans des business schools reconnus comme un des premiers spécialistes du capitalisme.
- Des socialistes qui ne comprennent pas les exigences économiques, s’obstinent à proposer des solutions politiques non-réalistes (telle la fameuse relance keynesienne qui, dans un contexte libre-échangiste, s’évapore avec l’augmentation du déficit commercial) ou non-durables (une création d’emplois public qui creuse les déficits de la nation).


4. Des sources d’idées taries ou bouchées :

- La gauche s’est coupé de syndicats moribonds qui végètent (pas d’idée qui émerge de la base / des idées d’appareil qui ne redescendent pas auprès des électeurs)
- Le PS s’est coupé de « l’internationale socialiste » et ne cultive que dédain et mépris pour les autres partis de gauche européens (social-démocratie) : il ne bénéficie pas de leurs idées
- Il existe deux sources d’idée très vivaces où les socialistes refusent de s’approvisionner : l’alter-mondialisme d’une part (ses idéaux humanistes, sa jeunesse, sa modernité, son activisme, ses associations, ses blogs, ses grand-messes) et le social-libéralisme d’autre part (ses think tank et ses solutions concrètes efficaces et durables.
- Au lieu de cela, le PS s’obstine à cultiver ses idées en autarcie, dans ses bureaux à Paris et dans ses sections militantes de province.

Une vie militante riche est certes, nécessaire à la bonne santé du parti, mais ce n’est pas suffisant pour trouver des idées neuves qui changent le pays et la vie des gens, des idées efficaces et durables pour réanimer l’idéal socialiste d’une société égalitaire, un idéal en panne aujourd’hui.



En accablant de la sorte le PS et tous ses dirigeants, je me prive de toute chance de briguer la fonction suprême. J'espère qu'au moins vous appréciez cette analyse et qu'elle vous donne envie de connaître mes idées et propositions pour un socialisme renouvelé.

Prochain épisode : réflexion sur ce que doivent être les idéaux socialistes dans la société d'aujourd'hui (livré le 11/08 en soirée)

Episode suivant : programme waki avec des idées neuves pour "un socialisme performant qui fait rêver." (livré le 14/08 en soirée)

CRYZALID, critiques optimistes / 9 Août 2006.
http://cryzalid.blogspot.com



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