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21 juillet 2006

Développement du Maroc : 8 raisons d'y croire !

Soyons bien clair !

Il ne s’agit pas ici de faire un bilan exhaustif et équilibré de la situation politique, économique et sociale au Maroc.

Il s’agit de lister les changements positifs les plus profonds, ceux qui affectent favorablement l’évolution du Maroc et qui constituent de sérieux motifs d’espoir pour son avenir.

J’ai retenu huit changements, que j’ai vu progressivement s’installer, puis s’enraciner, au fil des mes allers-retours entre la France et le Maroc, ces dix dernières années.

Huit mutations qui font du Maroc en 2006 un vaste chantier, où les besoins à combler sont énormissimes, où les moyens disponibles sont relativement modestes, mais où les directions sont claires et les énergies mobilisés.

Les 8 mutations sont les suivantes :

1/ « De sujets, les Marocains deviennent des citoyens »

Premier changement et changement fondamental : les Marocains n’acceptent plus d’être les victimes silencieuses et passive d’une administration omnipotente. Ils exigent de la part des fonctionnaires de l’état un traitement digne voire une qualité de service. Dans ce domaine, il faut dire toutefois que les mentalités progressent plus vite que la réalité.

La police change notablement son comportement, en poussant la transparence jusqu’à publier un mensuel à diffusion large (inimaginable il y a 15 ans….).

L’IER (instance équité et réconciliation) a donné la parole publique aux victimes « des années de plomb », a condamné officiellement ces exactions (disparitions, exécutions, bagnes sordides et prisons sans procès) et a dédommagé les familles des victimes. Ce faisant, elle a contribué à ancrer cette culture citoyenne et « droit-de-l’hommiste » dans de larges couches de la population.

Sur un plan symbolique, le baise main royal recule (….lentement)


2/ « On s’exprime librement au Maroc »

Sur la liberté d’expression, une anecdote personnelle amusante illustre bien, avec le recul l’étendue du changement. Agé de 8 ans, je cherchais avec mon pote d’alors une cassette vidéo à regarder. Ecartant d’emblée les sempiternels « livre de la jungle » et « Rabi Jacob » déjà vus 15 fois, il me propose un film « syassi » (« politique »). N’ayant eu aucun contact préalable dans ma vie avec ce mot, je lui demande naturellement, « c’est quoi un film syassi ?». Il me répond « c’est un film, si tu le vois, tu vas en prison ». Amusante..., l'image de la politique pour des enfants de 8 ans sous le Maroc Hassanien le plus strict. La vérité sortant de la bouche des enfants, il est vrai que la politique n’était pas un sujet dont on conversait n’importe où ou avec n’importe qui. La censure s’immiçant jusque dans la sphère privée, vous imaginez bien la qualité critique de la presse marocaine d’alors.

Aujourd’hui, quiconque se ballade dans les rues de Casablanca, peut constater aisément la floraison de nouveaux médias au ton très libre (ex : Telquel). Les tabous sont brisés les uns après les autres (rôle de la monarchie, salaire du roi) par de journalistes qui testent toujours plus loin les limites du possible, et la censure n’a cessé de reculer.

On peut au Maroc d’aujourd’hui se déclarer officiellement républicain. On peut depuis 10 ans critiquer le pouvoir et proposer des alternatives

Le roi, lui même dans ses discours, dresse des tableaux sans concession sur l’habitat insalubre, sur l’analphabétisme et sur l’ensemble des fléaux qui sévissent au Maroc.

Ces progrès spectaculaires n’empêchent pas des dérapages de l’administration et de la justice (condamnation d’Ali Lemrabet, procès excessifs de certains organes de presse pour diffamation)mais aussi des journalistes (la déontologie du métier est parfois sacrément rudoyée).


3/ « Depuis peu, la pauvreté choque les Marocains »

Pendant des années, les seuls que la pauvreté choquait au Maroc étaient les visiteurs occidentaux.

Dans une pure logique féodale, les pauvres se résignaient à accepter leur situation avec une bonne dose de fatalisme. Et les riches, dédaignant ces hordes de blédards, sales et bordéliques, étaient parfaitement insensibles à leur pauvreté.

La misérable condition d’une petite bonne de 11 ans obligée de travailler pour un salaire de misère, ce n’était pas un sujet de discussion. « C’est normal, c’est comme ça, c’est la vie » disait-on à l’époque avec une cécité sincère et totale.

La société civile d’aujourd’hui s’indigne des conditions des pauvres : les Marocains ont pris conscience que la pauvreté n’est pas une fatalité et que chacun à le droit à un niveau de vie minimum et décent.

Et le combat contre la pauvreté s’organise :
- Le palais lutte contre la pauvreté avec ses fondations. (Fondation Mohammed V…)
- Les citoyens luttent contre la pauvreté avec des ONG et des associations de charité, d’action sociale ou de micro-crédit (ex : Zakoura, Bayti...)
- Le gouvernement et le roi luttent contre la pauvreté en déployant l’INDH, initiative nationale de développement humain.


4. "La culture Marocaine se réveille"

La génération de l’indépendance (1956-2000) s’est figée culturellement dans des attitudes typiquement post-coloniales : imiter avec une admiration nostalgique la culture de l’ex-métropole ou lutter contre cette culture occidentale décadente en maintenant sous perfusion des traditions indigènes ancestrales. Quatre décennie de marasme culturel déplorable.

La nouvelle génération est, quant à elle, complètement décomplexée : elle brasse pêle-mêle les influences arabes, berbères, françaises, américaines et africaines, les modes récentes et les traditions anciennes pour générer sa propre culture.

Cela donne une vie festivalière riche et prospère (Festival d’Essaouira musiques du monde / Festival de Fez musiques sacrées), la naissance d’une véritable scène underground de jeunes musiciens très créatifs (Boulevard des jeunes musiciens de Casablanca), un cinéma Marocain qui produit enfin des films dignes de ce nom (A la recherche du mari de ma femme, Ali Zaoua, Marock) et des langues nationales qui se revitalisent :

- La « dareeja » (dialectal marocain) est à la mode dans les journaux, les forums de chat, les SMS, les blogs et dans la publicité : elle est définitivement plus « in » que la langue Française jugée trop classique et pas assez démocratique.
- Les langues berbères s’émancipent de leur condition de patois primitifs à laquelle elles étaient réduite. Elles s’enseignent et se développent, notamment avec les initiatives de l’IRCAM, institut royal de la culture amazigh.

La publicité Marocaine développe son propre langage et explore des registres créatifs propres.

Des vieilles traditions en perte de vitesse regagnent du terrain et de la popularité : musique gnawa, industrie du caftan, peinture Tadellakt


5. "Les femmes deviennent des hommes comme les autres"

Malgré les progrès de l’islamisme, le statut de la femme ne cesse de progresser :

- L’alphabétisation des femmes progresse.
- Après les universités, c’est le parlement qui se féminise lentement mais sûrement
- Les femmes investissent de nombreux nouveaux métiers jadis exclusivement masculins (police, transport en commun, autorités religieuses….)
- La réforme du code du statut personnel renforce le droit des femmes dans de nombreux domaines vitaux. (voir http://www.mincom.gov.ma/french/generalites/codefamille/Innovations.html)

Il y a encore beaucoup de progrès à faire et de combats à mener, mais l’émergence de la femme Marocaine en tant que citoyenne à part entière me paraît être un processus historique inéluctable pour le plus grand bénéfice du développement du pays.

6. "Le champ religieux est réinvesti / restructuré"

La religion était un champ longtemps laissé à l’abandon par les élites politiques et intellectuelles du royaume, malgré la centralité de la question dans la société marocaine.

C’est un champ où de nombreuses mauvaises herbes ont poussés (mosquées clandestines, diffusion de cassettes et DVD extrémistes, progression des associations islamistes) mettant en danger la sécurité du pays (attentats du 16 mai 2003).

C’est un puissant levier de mobilisation et de transformation sociale que les élites dirigeantes se sont enfin décidés à réactiver à travers :

- Le dépoussiérage des institutions existantes et la création d’un « conseil supérieur des oulémas » et de « conseils régionaux » chargés d’animer la vie et l’enseignement religieux selon des préceptes ouverts, humanistes et démocratiques.
- Des lois sur la création et le financement des mosquées.
- Une mobilisation de la police et de l’appareil judiciaire pour lutter contre les discours haineux et anti-démocratiques (fermeture de mosquées salafistes / confiscation des instruments de propagande extêmistes).

Quant à nos intellos, le Maroc s'impose aujourd'hui comme un centre important dans le monde arabe où l'on repense l'Islam à la lumière de la rationalité contemporaine et de ses outils, où on le revitalise avec des interprétations nouvelles du texte coranique et des travaux comme celui de Rachid Benzine et ses "nouveaux penseurs de l'Islam".


7. "Le développement ne viendra pas du ciel"

Le Maroc n’attend plus la pluviométrie et la générosité des européens pour effectuer son développement.

- Création d’un grand port à vocation internationale « Tanger Med » (détroit de gibraltar)
- Réalisation d’un programme autoroutier national avec 150 kms par an sur 15 ans.
- « Plan Azur » avec le développement de 6 stations balnéaires internationales sur les littoraux atlantiques et méditerranéens avec pour objectif 10 millions de touristes en 2010
- Zones franches pour développer des activité de off-shoring et accueillir les maquiladoras de l’europe (usines délocalisées pour bénéficier des coûts de main d'oeuvre locale)
- Multiplication des accords bilatéraux de libre-échange avec l’UE, les Etats-Unis…

Un développement mené tambour battant par une génération de quadras technocrates formés dans les meilleures écoles de France et du Maroc (Mohammed Hassad, Driss Benhima, Adil Douiri, Khalid Oudghiri, Fouad Ali Al-himma, Hassan Aourid, Chakib Benmoussa, Karim Ghallab, Saâd Bendidi, Mostafa Terrab …) placés dans des postes sensibles (cabinet royal, gouvernement, haute administration, grandes entreprises) pour animer les impulsions politiques émanant du palais royal : c'est le système M6, un système pragmatique et efficace, qui court-circuite les lents mécanismes parlementaires, pour gagner du temps et sécouer le système administratif.


8. D’autres « Casablanca » émergent

Casablanca n’a plus le monopole du dynamisme au Maroc. D'autres villes émergent de leur longue torpeur provinciale, bénéficiant de plus d'attentions du pouvoir central et d'un certain essaimage des élites casaouies ou rbaties (=from Rabat)

- Marrakech est en pleine forme avec son succès touristique international.
- Avec son énorme port flambant neuf et ses zones franches à 15 kms de l’europe, Tanger se prépare à devenir une métropole qui compte dans le bassin méditerranéen.
- Rabat et Salé vont être transformées par des travaux urbanistiques dignes du baron Haussmann. (projet Bouregreg)



En guise de conclusion...

Une partie de ces mutations résulte d’une évolution naturelle de la société Marocaine. Ce mouvement « structurel » est lui-même dû aux effets conjugués de la démographie, de l’alphabétisation, de l’urbanisation et de l’arrivée à maturité d’une génération qui n’a jamais connu l’ère coloniale.

D’autres sont clairement le résultats d’initiatives et de décisions royales, de l’ouverture démocratique initiée par Hassan II (avec l’alternance), aux premières décisions significatives de Mohammed VI.

Mohammed VI qui a ouvert substantiellement le champ de la liberté d’expression au Maroc, est bien plus volontiers critiqué sur la scène publique que ne l’était son père : il n’en demeure pas moins, qu’il est, avec les hommes et le système qu’il a installé, un homme clef à l’origine du vent nouveau qui souffle sur le pays.

Cette centralité très prégnante dans la vie politique Marocaine pose problème à la jeune démocratie que nous sommes, en marginalisant quelque peu l’action et les initiatives gouvernementales, parlementaires, partisanes ou syndicales. Mais devant l’urgence impérative du développement, doit-on attendre la maturation (lente) de ces autres acteurs (partis, syndicats…) ? Qui les empêche d'être brillants ?


CRYZALID, critiques optimistes / 7 Août 2006
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