"parce que les critiques sont nécessaires pour améliorer le monde et que l'optimisme permet d'y croire"............................http://cryzalid.blogspot.com

25 juillet 2006

Le réveil culturel du Maroc


"Une qualité de vie exceptionnelle mais une vie culturelle léthargique", voila le package qu'on a longtemps annoncé aux expatriés occidentaux allant s'installer au Maroc.

Oui, mais voila ! La qualité de vie s'est légèrement dégradée (plus de voitures, plus d'islamistes, plus de délinquance, un niveau de vie qui a augmenté...) et la vie culturelle s'est transfigurée. Vivre à Casablanca aujourd'hui, ce n'est certes pas encore la densité culturelle des plus grandes métropoles du monde, mais il y a un bouillonnement palpable, un vent de créativité, des audaces qui se répondent et se fécondent, et un Maroc nouveau qui s'invente.

Dressons sommairement le tableau culturel des 40 années post-indépendance : une liberté d'expression très relative, une vie littéraire faible, des représentations de théâtre qui se comptent sur les doigts des mains, une culture arabophone maladroite qui singe les productions égyptiennes ou libanaises, une culture francophone néo-coloniale qui imite comme elle peu ce qui vient de l'ex-métropole. Quelques exceptions, avec l'audace flamboyante du théâtre de Taieb Saddiki, avec une école marocaine de la peinture très interessante (Chaibia, Cherkaoui, Gharbaoui, Ben Yssef...) et puis c'est à peu près tout. Des centres culturels étrangers qui animent comme ils peuvent une grande endormie appelée culture, comme des petites oasis noyées dans le désert. Une presse nationale capable de briller dans le domaine du pire, avec l'obséquieuse grandiloquence du cultissime "Matin du Sahara" dont le style ampoulé et lyrique a marqué de son empeinte si particulière la jeune francophonie marocaine, cette phrase que vous lisez en témoigne bien, je trouve. Quelques vaudevilles marocains le plus souvent absurdes et vulgaires. Un cinéma aussi prétentieux que débutant, inexportable mais néanmoins folklorique. Des vieilles traditions musicales interprétées sans passion et sans moyens et préservées religieusement dans le formol. Des publicités low-fi tellement ridicules qu'elles frisent le génie. Le GRAND WALOU... comme dirait un de nos excellent voisins Algériens nommé Fellag.

Et puis, l'expression se libère, de nouvelles générations arrivent décomplexées vis-à-vis du passé, des Français, de la Oumma arabe et des artisans de sa Nahda qui créchent à Beyrouth ou au Caire. On ose s'exprimer. On ose utiliser son propre style, on glisse du dialectal dans le classique, de l'anglais dans le tamazight. On mélange. On imite les dernières tendances de Soho, de Barcelone ou de Harlem puis on marocanise dans la joie et la bonne humeur.

La réalité marocaine est inspirante avec cette drôle de langue, la darija, en évolution constante, qui brasse 25 langues, qui invente des expressions, des mots et des intonations, tous les jours à tous les coins de rue. Et les artistes, les journalistes et les publicitaires l'ont bien compris.

Gad El-Maleh, qui nous a fait rire aux larmes avant de conquérir Paris, c'est un concentré d'humour Casablancais "mya fil mya". Il fait rire tout le monde au Maroc, même ceux qui ne parlent pas Français.

Hoba Hoba, pour revenir à eux, mélangent Français, Arabe, Anglais, mixent Reggae et Gnawa, Bob marley et Nass el ghiwane, des expressions casablancaises de derrière les fagots, des personnages et des réflexions made in Maarif, et ça donne quelque chose d'unique et d'authentiquement marocain et casablancais, une culture qui résonne bien auprès des Casaouis.

Telquel invente le vrai journalisme à la marocaine. Après avoir remué le petit monde de la presse francophone, ils attaquent désormais de front le gros morceau arabophone avec "Nichane".

"Nichane", un titre de presse en darija, qui rappelle que cette langue est en plein reveil et qu'elle est promis à un brillant avenir : la darija, c'est ce qui se fait de plus "in "dans la publicité marocaine contemporaine avec le fameux "Faites du choufing" de Sony et le tout nouveau "Tilifoune dial dar" de Méditel.

C'est la darija que Youssouf Amine Elalamy a utilisé pour écrire un petit livre savoureux "Tkarkib ennab", qui dresse dans une langue mcharmla et mgarmla des portraits désopilants et très justes de personnages typiques du Maroc contemporain : de la vieille bourgeoise bigote mais gourmande au sympathique flic roublard sur les bords. Des petits textes d'une page chacun illustrés de "photo montages" qui jouent avec les figures bien connues des cartes à jouer hispano-marocaines : la sauta, le cabal, le rey, les sbada, el k'hal...Un premier livre en darija qui m'a donné un plaisir de lecture et de déchiffrage que j'ai rarement connu auparavent, et qui prouve que la darija est loin d'être une sous-langue condamnée à le rester pour l'éternité. Le dialectal littéraire marche, et c'est épatant.

"Marock" n'est pas un chef d'oeuvre du cinéma universel. Ce n'est pas un film représentatif de la réalité de tous les marocains, loin de là. Et il est évident que tel n'était pas l'intention de Leila Marrakchi. Mais Marock décrit avec audace la réalité de vrais Marocains, très bourgeois certes, mais authentiques, charnels, réels, que l'on peut rencontrer. Le film soulève des vrais débats de la société marocaine contemporaine et inaugure un cinéma marocain qui sort du carcan de la bizarrerie ethnique pour raconter la vie de vrais gens, renvoyer aux Marocains une partie de leur image et intéresser les autres avec une réalité de chez nous qui peut renconter un écho intéréssant en dehors de nos frontières. Un petit film dans le cinéma mondial, mais un vrai phénomène qui va compter dans l'histoire du cinéma marocain.

Ce thème fera l'objet de nombreux articles à venir.

CRYZALID, critique optimistes. Le 30 Août 2006
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La démocratie française à l'épreuve des corporatismes


Greenpace organise en 2006 une campagne internationale d'information sur les menaces sérieuses et chiffrées (fichier pdf) qui portent sur la survie du thon rouge en méditerranée.

L'organisation écologique diffuse ces informations à travers un "road-show" dans plusieurs ports de méditerranée (Gênes, Barcelone), mais pas à Marseille, où les syndicats de thoniers ont obtenu des autorités du port de Marseille le refus de la demande d'accostage du Rainbow Warrior.

Pour clore l'affaire, les autorités locales et les principaux médias (notamment TF1) se sont contentés d'exprimer un discret satisfecit sur la qualité de la médiation des autorités du port qui a permi d'éviter la confrontation entre les bons vieux thoniers marseillais et les bouillants activistes de Greenpeace.


En tant que citoyen, cette affaire et le manque de réactions qu'elle sucite me choquent profondément !

Comment peut-on s'émouvoir, à juste titre, que la police nationale n'accéde plus à certains quartiers "difficiles" contrôlés par des bandes de délinquants mafieux et autoriser un syndicat de thoniers à décréter qui a le droit de rentrer ou non dans le port de Marseille ?

La loi doit s'appliquer partout sur le territoire français, avec la même exigence : c'est le fondement de l'état de droit et de la bonne santé démocratique du pays.


Que les mentalités s'habituent à ce que quelques corporatismes syndiqués puissent dicter leur propre loi sur leurs territoires "légitimes" et c'est la démocratie, le droit de circulation et d'expression, qui reculent... Soyons vigilants, mangeons du Saumon (d'élevage) !

Pour accéder aux informations censurées par nos thoniers, http://www.greenpeace.org/raw/content/france/press/reports/le-thon-rouge-en-mediterranee.pdf

Pour avoir d'autres informations sur Greenpeace,
http://www.greenpeace.org/france/

CRYZALID, critiques optimistes. Le 26 Août 2006

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24 juillet 2006

"Choses vues" par Victor Hugo

Extraits choisis :

21 Juillet 1846
Voici un problème chimique dont la solution (à trouver) résoudra en même temps un problème social :
Faire de l'ammoniaque à bon marché.
Faire de l'ammoniaque, c'est créer de la matière animale, augmenter la production de la population bestiale, améliorer les conditions d'être de la population humaine, en un mot, accroître la quantité et améliorer la qualité de la nourriture, c'est à dire, faire un pas vers la solution de cette grande question : supprimer la faim.

25 Juillet 1846
Les femmes en orient s'épilent absolument. Les orientaux considérent comme une laideur ce que les occidentaux considérent comme un attrait.

28 Juillet 1846
L'empereur régnant du Brésil est un jeune homme de vingt deux ans, doux, simple, tranquille. Il parle bien français. Il sait en outre l'anglais, l'italien et l'allemand. Il a beaucoup de goût pour l'astronomie. C'est un professeur français qui la lui a enseigné.

30 Juillet 1846
Le membre sexuel du morse est un os.

31 Juillet 1846
L'haleine des baleine est fétide, à tel point qu'elle incommode les navires près desquels une baleine passe. Cela tient à des millions de parasites qui rongent intérieurement la gueule de ces monstrueuses bêtes et qui y font des ulcères dont l'infection se répand en dehors.

3 Août 1846
Je voyais passer un bossu dans la rue. Une petite fille était là qui l'a regardé d'un air stupéfait et a dit à sa mère : - Maman, vois donc ! cet homme ! Eh bien, mon enfant, ne le regarde pas, cela le fâche. C'est un bossu. - Maman, est-ce que les bossus sont français ?

10 Août 1846
Voici comment le bey de Tunis qualifie le roi: mon auguste cousin le padischah des Français.

11 Août 1846
Saint Jean-baptiste mangeait des sauterelles.

6 Septembre 1846
Le medecin en chef de l'hopital de Constantinople a le titre d'excellence

7 Septembre 1846
L'atronome Leverrier explique les perturbations d'Uranus au moyen d'une planète grosse deux fois comme Saturne qu'on ne peut manquer, dit-il, de découvrir, qui est à une distance du soleil double de celle d'Uranus , ce qui ferait environ quinze cents millions de lieues, et qui accomplit sa révolution autour du soleil en deux cents dix-sept ans.

8 Septembre 1846
Une Mlle Drouet épousait un M. Tordeux. Le maire eu un lapsus linguae et dit : Mademoiselle Droit consent-elle a épouser Monsieur Tordu ?
Souvent les bêtises ont un sens. Celle-ci n'exprime-t-elle pas à merveille l'harmonie préexistante de beaucoup de ménages ?

Les "Choses vues" est publié dans un bel ouvrage des éditions Gallimard (Collection Quarto).

CRYZALID, critiques optimistes. Jeudi 24 Août 2006
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28 idées pour un élan réformiste de gauche


Premier domaine de réforme : pour un Etat performant et conquérant

Il s’agit de redonner à la politique les marges de manœuvres qu’elle a perdu en donnant à l’action publique l’efficacité et la performance qui lui manquent pour délivrer des services publiques générateurs de richesse, de bien-être, d’équité et de mobilité sociale.

1. Réformer l'administration en simplifiant les structures internes dans la fonction publique (Corps, grades, classes) pour faciliter les mutations internes au grès des besoins de l’état.

2. Supprimer progressivement le statut du fonctionnaire : l’ensemble des nouveaux fonctionnaires doivent être recrutés avec un CDI semblable au contrat en vigueur dans le secteur privé. Il faut envisager un système incitatif (salaire et promotion) pour inciter les fonctionnaires actuels à renoncer à leur statut pour opter pour un CDI.

3. Instaurer et encourager la culture de la performance au sein de l’Etat : Augmenter les perspectives d’augmentation et de promotion des fonctionnaires méritants / Augmenter les ressources des écoles, des hôpitaux, des localités, et des régions vertueuses et performantes

4. Instaurer une concurrence ouverte et transparente entre les écoles, les lycées, les universités et les hôpitaux: Rendre publiques leurs performances (résultats scolaires par exemple). Leur conférer une autonomie administrative et budgétaire en les rendant libres de recruter les meilleurs professeurs, médecins ou infirmiers. Supprimer les « cartes scolaires » et laisser les familles libres de choisir l’établissement de leur choix

5. Restaurer la crédibilité de l’enseignement supérieur français : en autorisant les universités à sélectionner leurs étudiants

6. Créer des universités attractives à l’échelle mondiale : en fusionnant les grandes écoles publiques et les meilleurs universités


Deuxième domaine de réforme : pour une lutte accrue contre les inégalités

Il s'agit d'engager la république dans une lutte visible et efficace contre les inégalités. Au delà de la réduction de la fracture public-privé devenue insupportable, l'état doit lutter contre des privilèges que de nombreux corporatismes ont érigés et prendre les dispositions nécessaires pour améliorer l'insertion sociale des défavorisés.

7. Mettre en place des mesures de discrimination positive dans l'administration, en faveur des catégories défavorisées : femmes, minorités ethniques, handicapés

8. Encourager la mixité sociale dans les établissements publics d’enseignement en instaurant des quotas minimum en faveur des élèves et étudiants résidant dans les communes les plus défavorisées

9. Lancer des campagnes nationales d'ampleur pour la détection et la lutte contre les discriminations (notamment dans les domaine de l'emploi et du logement) : généralisation des opérations de "testing" / Amendes et peines juridiques sévérisées contre les entreprises, les propriétaires et les boites de nuit coupables de discriminations.

10. Imposer la parité obligatoire homme-femme en politique à l'échelle locale, régionale et nationale sans dérogation possible : suppression des amendes actuelles qui permettent aux partis de déroger à la règle de la parité

11. Faciliter l'accès de tous les citoyens à la politique et aux mandats électoraux en interdisant strictement le cumul des mandats et en limitant le nombre de mandats successifs qu'un homme politique peut exercer en tant que député, sénateur, maire ou autre. Faciliter l'accès des salariés du privé à une expérience politique par la création d'un "congé citoyen" garantissant au salarié de retrouver son emploi après son passage en politique (présentation à une élection, exercice d'un mandat).

12.
Alourdissement significatif et croissant des amendes aux communes qui ne respectent pas les 20% de logement sociaux minimaux imposés par la loi : cette imposition croissante incitera les communes les plus riches à pratiquer plus de mixité sociale et dégagera des ressources supplémentaires qui serviront à financer les mesures de discriminations positives et d'aide aux communes défavorisées.

13. Suppression progressive des subventions de l'état à l’enseignement privé (l'état doit se concentrer sur le financement de l'enseignement public ) et aux lieux de culte (qui n'ont pas vocation à faire partie du patrimoine de la république laïque)

14. Création d'établissements scolaires d’excellence (avec bibliothèques et internats intégrés) avec des moyens significatifs implantés dans les quartiers défavorisés.

Troisième domaine de réforme : pour une société qui protège mieux

Pour renouer avec ses principes fondateurs, la république doit cesser de consolider les acquis de catégories privilégiées pour se consacrer à l'intérêt de tous. Au lieu de protéger les travailleurs, l'état doit protéger le travail en France en l'encourageant.

15. Simplifier la législation du travail en facilitant au maximum les procédures d'embauche, de déclaration d'emploi, et de gestion salariale, qui doivent être impérativement simples, rapides et peu coûteuses.

16. Faciliter les procédures de licenciement en cas de difficulté économique de l'entreprise ou de non-performance durable et prouvée du salarié : corriger le biais prudhommal actuel trop systématiquement favorable aux salariés

17. Réformer le monde syndical en instaurant une syndication obligatoire à l'embauche : les syndicats qui jouent un rôle essentiel dans les organismes sociaux et dans le dialogue social doivent représenter l'ensemble des travailleurs, y compris ceux qui traversent une période de chômage temporaire.

18. Majorer la taxation des propriétaires de logements vides dans les communes où il y a un besoin de logement significatif. Et améliorer les incitations ficales pour les propriétaires qui louent des logements à des catégories défavorisées (étudiants, chomeurs, minorités ethniques).

19. Réviser la législation existante en matière de divorce pour faciliter les procédures juridiques, encourager la garde partagée et évider la prolongation déraisonnable de pensions alimentaires confiscatoires.

20. Mettre en place un service civique obligatoire d'une durée d'un an pour l'ensemble des jeunes citoyens de 18 à 21 ans pour effectuer des tâches d'intérêt public : assistanat en maison de retraite, dans les hopitaux publics, dans les établissement d'enseignement...

21. Mieux protéger l'environnement en adoptant des mesures urbanistiques et de politique des transports compatibles avec une diminution effective de la circulation automobile : réseau de transports publics plus rapides, plus capillaires et moins chers pour l'usager / création de vastes parkings publics à l'entrée des centres villes / limitation drastique de la circulation automobile dans les centre-villes / création de zones d'emploi aux coeur des zones résidentielles / incitations fiscales pour le co-voiturage / taxation plus forte des véhicules polluants.


Quatrième domaine de réforme : les sources de financement de la collectivité

En ponctionnant excessivement le travail, considéré comme source de richesse dans la collectivité, l'état décourage le travail en France et favorise les entreprises qui produisent à l'étranger. Il est donc urgent et crucial de changer de logique pour ne pas "tuer la poule aux oeufs d'or".

22. L'urgence première du gouvernement doit être de baisser les charges patronales portant sur le travail de sorte à inciter les entreprises à créer des emplois en France.

23. L'impôt sur les sociétés doit être revu à la baisse, notamment pour les entreprises qui augmentent leurs effectifs en France

24. Ces baisses de revenu peuvent être compensées par une hausse de la TVA (qui à le mérite de porter sur l'ensemble des produits vendus en France, y compris les produits fabriqués à l'étranger), la création d'un taxe sur les transactions mobilières, et par la taxation des touristes étrangers en France, et l'augmentation de la taxation des entreprises et des produits qui nuisent à la collectivité (tabac, alcool, industries et produits polluants)

Autres idées de réforme

25. Une supression des départements au profit des régions qui doivent bénéficier de pouvoirs et de ressources renforcées

26. Un "projet du siècle" en matière d'aménagement du territoire visant à désengorger Paris en créant une grande métropole internationale sur la façade méditerranéenne : l'objectif est de créer un grand pôle urbain, économiquement dynamique et culturellement rayonnant dont la qualité de vie est une référence mondiale, pour en faire, pourquoi pas, la nouvelle capitale politique du pays.

27. Reprendre l'initiative dans le domaine de la construction européenne en réinventant le noyau dur de l'union avec les pays les plus proches : Espagne, Allemagne, Belgique et / ou Italie. Ce centre de l'europe a vocation à devenir le pilote de réformes fédéralistes ambitieuses telles l'union politique, la diplomatie unique, l'harmonisation juridique, fiscale et sociale...etc.

28. En attendant la création effective de cette mini-europe Fédérale, La France doit assainir sa vie politique en adoptant une sixième république moins présidentielle, plus parlementaire avec des règles électorales qui favorisent la bipolarisation de la vie politique (émergence de deux forces politiques majeures au détriment des formations à vocation minoritaire).

Le tableau qui illustre cet article, s'intitule "Callitauromachie". C'est une oeuvre d'un Libanais talentueux dont le blog est le suivant : http://sandokan.mon-blog.org/

CRYZALID, critiques optimistes / Le 22 Aout 2006
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23 juillet 2006

Le clou de J'ha


Le "clou de j'ha" est une des plus célébres histoires de J'ha. En voici la variante la plus classique.

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LE CLOU de J'HA

J'ha avait décidé de vendre sa vieille maison. Il annonça un prix plutôt modeste et trouva vite un acheteur.

- Mais voilà, il y a un petit problème, lui dit J'ha.
- Lequel ?
- Ce clou que tu vois dans le mur a une énorme valeur affective pour moi. Mon grand père l'a planté de ses propres mains et il y était lui même très attaché. Je ne sais pas si tu comprends mon embarras. Je veux bien te vendre la maison, mais pas le clou.
- Comme tu le souhaites, ce clou ne m'interresse pas lui dit l'acheteur.
- Merci beaucoup, je savais bien que tu avais bon coeur.

Ainsi, J'ha inscrit dans le contrat de vente qu'il restait propriétaire du clou. L'acheteur s'était installé dans sa nouvelle maison depuis une semaine, lorsque J'ha frappa à la porte.

- Bonjour cher ami, je viens rendre une petite visite à mon cher clou. Il me manque beaucoup.
J'ha s'installa quelques minutes devant son clou, le caressa puis s'en alla comme il était venu. Le nouveau maître trouva cette visite plutôt touchante.

Trois jours plus tard, J'ha revint:
"Je vais accrocher ce panier à mon clou, le temps que j'aille voir des amis au café.
Et, il laissa, pendant une heure, son panier rempli de légumes, accroché au clou.

Une semaine plus tard, il revint avec, sur son dos, un quartier de viande de mouton, qu'il accrocha à son clou, au grand étonnement du propriétaire :
"Cette viande, dit J'ha est une offrande à la mémoire de mon grand-père. N'y touche surtout pas !

Tous les jours, J'ha venait vérifier que la viande était toujours bien accrochée à son clou. Et jour après jour, l'odeur devenait de plus en plus insoutenable. Au bout de deux semaines, l'homme attrappa J'ha et lui dit :
- Tiens, je te rends ta maison. Je n'en veux aucun sou. Je veux seulement partir loin d'ici.

Et c'est ainsi que J'ha récupéra sa maison grâce à un clou.

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Si vous avez apprécié cette petite histoire, sachez qu'il y en aura d'autres plus drôles et plus savoureuses à l'avenir sur Cryzalid.

Cette version du clou de j'ha est extraite de "Sagesses et Malices de Nasreddine, le fou qui était sage" de Jihad Darwiche aux éditions Albin Michel.

La peinture en illustration est l'oeuvre de Jean-Pierre Duvaleix (http://www.duvaleix.com)

Pourquoi Olmert a attaqué le Liban

Pourquoi Ehud Olmert a attaqué le Liban ? Vous vous doutez bien que cette décision n'a pas grand chose à voir avec la vie des deux malheureux militaires Israéliens capturés, on ne sait pas très bien où, à la frontière Israélo-Libanaise.

Je la pense motivée par les 5 facteurs qui suivent :

1. Les circonstances exceptionnelles de l'arrivée au pouvoir d'Ehud Olmert :
Voici un homme catapulté à la tête de son pays à un moment où il ne s'y attendait pas, et à un moment historique pour son pays où tout le monde l'attend. Ehud Olmert arrive au pouvoir après le brusque retrait d'Ariel Sharon, plongé dans un coma sans retour. Il succède à un Sharon, au sommet de sa carrière politique, qui a fait preuve d'un panache incroyable et d'une volonté de fer pour imposer à la communauté internationale une excommuniation de Yasser Arafat et la construction d'un mur odieux entre Israéliens et Palestiniens, puis pour imposer à l'aile dure de son parti, le retrait unilatéral de la bande de Gaza, avant de scinder le Likoud, de créer Kadima pour imposer au pays, aux palestiniens et au monde sa vision propre de l'avenir. Sharon a réussi tout cela sans ternir son image, bien au contraire. Il a débuté son come-back en provoquant la deuxième intifada, avec une réputation de général boucher (Sabra et Chatila) et de nationaliste raciste et belliciste. Avant de se mettre en veille, Ariel Sharon a réussi le tour de force de s'auréoler d'une image d'homme de paix, visionnaire et légitime (y compris parmi certains de ces ennemis historiques). Sharon pouvait utiliser les ultra-orthodoxes les plus enragés de son camp pour montrer au monde le courage de sa décision de retrait de la bande de Gaza s'attirant les voix de la clientèle traditionnelle du parti travailliste, tout en se montrant d'une implaquable sévérité envers les arabes (palestiniens et autres) ce qui attirait les partisans du Likoud. Et c'est au moment le plus crucial de ce qui devait être l'ère Sharon qu'Olmert arrive, un peu comme si Pompidou succédait à De Gaulle juste après le référundum de 1958. Olmert conduit les premières élections de Kadima, un parti fait par et pour Sharon. Olmert s'engage à évacuer la cisjordanie, sans avoir la carrure ni la légitimité d'Ariel Sharon. Il doit donc gagner ce crédit, et démontrant à la droite dure qu'il sait se montrer ferme et impitoyable contre les ennemis d'Israël (Hezbollah). Il doit montrer au monde qu'il ne manque pas de détermination et de force. Et voila que Dan Haloutz, chef d'Etat major, lui sert le Liban et la destruction de Hezbollah sur un plateau...

2. Israël gagne les guerres mais pas les guérillas :

Si Israël est sorti (facile) vainqueur des 5 dernières confrontations Israélo-arabes, et que Tsahal dispose d'un ascendant certain sur toutes les armées environnantes, cette supériorité est sérieusement mise à mal dans les conflits mous et endémiques : Israël ne sait pas et n'aime pas gérer les intifadas, les guérillas, et les harcélements quotidiens du Hezbollah...

L'Etat hébreu a en effet beaucoup à y perdre : pertes militaires limitées mais répétées et continues (insupportable pour l'opinion publique israélienne qui connait bien la réalité de l'armée par le système de conscription le plus large de la planète) et des pertes civiles imprévisibles (pas de front) et démoralisantes (assassinats de colons, attentats à Tel-Aviv, Netanya).

Et lorsqu'il passe à l'offensive, ses attaques dans ce type de contexte (assassinats ciblés, balles de plastic contre des adolescents, destruction de domiciles, harcélement dans les check-point) lui sapent son image internationale et le moral intérieur du pays (défection de pilotes de Tsahal, chute de popularité des gouvernements), tout en affectant sérieusement l'économie du pays (baisse des investissements et du tourisme).

Israël ne gagne rien à s'empêtrer dans des guérillas sans fin : l'arme nucléaire n'étant, dieu merci, pas utilisables dans ce contexte, Israël tente de renforcer son pouvoir de dissuasion en répliquant aux guérilleros avec une violence sans bornes.

3. L'Amérique a soif de victoires contre le terrorisme :

Les Etats-unis ne cessent de s'embourber en Irak, avec une sécurisation du pays qui semble impossible à achever (50 morts par jour) et un engrenage ethnico-religieux qu'ils ne maîtrisent pas.

Ils ont besoin de redonner du crédit au vaste projet de Bush de nouveau Moyen-Orient en ouvrant un autre front contre le terrorisme international. L'amérique ne pouvant pas se payer ce luxe, elle voit d'un bon oeil que l'allié Israélien s'en charge.

Et Israël , qui a réussi, après le 11 septembre, à labelliser comme terroristes l'ensemble des guérillas de resistance contre son occupation des territoires de 1967, ne peut pas rater cette occasion historique de faire le ménage au sud Liban et à Gaza et de faire payer cher aux organisations qui le harcèlent le prix de leur audace.

4. Il faut faire sortir l'Iran de l'échiquier proche-oriental

Il est une menace géopolitique que les Israéliens ne sous-estiment pas : les efforts des Iraniens de se doter de l'arme nucléaire.

Or, Israël, dans un environnement qui lui est encore majoritairement hostile, tient à demeurer la seule puissance nucléaire de la région. Cela lui donne un pouvoir de dissuasion et un ascendant dans les négociations qu'il tient à garder.


Comment braquer l'opinion internationale contre l'Iran ? Comment accélérer et sévériser les sanctions contre ce pays pour mettre en frein à son programme nucléaire ?

En s'attaquant très violemment à Hezbollah et au Liban, Israël force les Iraniens à intervenir et à révéler leurs cartes. Soit l'Iran s'implique activement dans le conflit, ce qui révélera à la communauté internationale le danger d'un "Iran nucléarisé", soit l'Iran abandonne Hezbollah, ce qui supprimera le front Irano-Israélien et déplacera plus loin de Tel-Aviv et de Haifa les missiles de Téhéran.

5. Isoler le Hamas pour évacuer la Cisjordanie :

Dans la logique unilatérale de la politique Sharon, Olmert tient à évacuer la Cisjordanie dans les meilleures conditions en terme de rapport de force. De la même façon, que Gaza fut évacuée avec un Fatah exangue, la cisjordanie doit être évacuée avec un Hamas affamé et isolé, selon les conditions dictées par l'intérêt d'Israël.

Il faut donc s'assurer de l'impossibilité d'une alliance ou d'une connection Hamas-Hezbollah qui aménerait aux palestiniens des soutiens et des armes non-souhaitables (Iran, Syrie, Liban...).

Comment ? En fermant définitivement le front nord d'Israël : l'intervention violente de Tsahal contre la totalité du Liban justifie l'arrivée au Liban sud d'une vraie force d'interposition internationale, qui sécurisera pour Israël sa frontière nord sans que l'armée ou le budget de l'Etat d'Israël en fassent les frais.

Au vu de ces cinq clefs de lectures, la décision d'Olmert, paraît certes, machiavélique et cynique, mais non dénuée d'intelligence politique et stratégique. Ce que Olmert et son état-major sous-estiment gravement, c'est :

1. La diificulté militaire à venir à bout du Hezbollah, trop enraciné et disséminé dans toutes les franges de la population du Liban-Sud
2. Le tort qu'ils portent à l'image d'Israël dans le monde et aux yeux des citoyens d'Israël
3. Le danger pour Israël d'avoir à sa frontière nord, un pays durablement destabilisé
4. et surtout, le terrorisme supplémentaire que cette injuste "guerre du Liban" va générer dans les années à venir

Malheureusement, ces quatre facteurs risquent de nuire très fortement aux populations de la régions...

Prochain épisode : Dans la peau de George W. BUSH



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CRYZALID, critiques optimistes / 14 Août 2006


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22 juillet 2006

Un idéal de gauche pour la France d'aujourd'hui

« Soyez réalistes, exigez l’impossible » Che Guevara

Gauche ou Droite : quelles raisons d’être ?

Dans un univers politique où gauche et droite convergent de plus en plus, où la pensée unique et le pragmatisme économiste écrasent tout sur leur passage, il est primordial de ce se reposer cette question et d'y apporter des réponses simples et claires.

Etre de gauche, c’est ne pas se satisfaire de la réalité sociale existante. C’est chercher à améliorer la société au bénéfice des plus faibles. C’est corriger ses déséquilibres, c’est lutter contre les privilèges et c’est enfin placer l’homme et son bien-être, au centre du projet politique national.

Par opposition, être de droite, c’est de prôner le réalisme pour conserver les règles et les réalités existantes. C’est encourager les liens sociaux familiaux et proches au détriment des liens sociaux nationaux et républicains. C’est libérer les forces en place pour dynamiser l’économie. C’est encourager les forts à être encore plus forts et encourager les faibles à imiter les forts.

Ces tentatives de définitions, de l’essence des mouvements de gauche et de droite, se veulent absolues (éternelles et universelles), c’est à dire non-liées à une réalité spacio-temporelle particulière ( ie d’un pays donné à un moment donné).

Elles ont vocation à être interprétées en fonction de l’époque, des conditions économiques et sociales du pays considéré et de son environnement pour être reformulées en idéal politique.

A chaque pays et à chaque période son idéal de gauche

Cet idéal, c’est la direction vers laquelle doivent tendre les propositions et idées politiques concrètes que proposent les homme politiques et pour lesquels ils se battent et cherchent des solutions concrètes.

Chaque pays et chaque époque ont leurs propres idéaux de gauche, pertinents pour les besoins de la société concernée et envisageables au regard des réalités de l’époque.

Un idéal politique de Gauche en France à la fin du XIXe siècle, c’est ce battre par exemple pour les droits des ouvriers (heures travaillées, jour de congé hebdomadaire), contre le travail des enfants, pour l’alphabétisation des campagnes. Etre de gauche aux Etats-Unis dans les années 60, c’est se battre contre la discrimination des noirs, pour la liberté sexuelle et l'avortement, pour la mise en place de systèmes de santé publique.

Les idéaux de gauche en vigueur en France aujourd’hui sont ceux hérités de l’après-guerre : Distribuer davantage les richesses au bénéfice des couches défavorisées, protéger généreusement les travailleurs, faire prendre en charge par la société les risques de la vie (vieillesse, chômage…).

Même si les ténors du PS s’y accrochent avec toute l’énergie du désespoir, ces idéaux-là sont en sérieuse voie de péremption.

Les outils fiscaux, salariaux et juridiques qu’ils ont générés coûtent de plus en plus cher à la collectivité et génèrent des déficits publics et sociaux et une rigidité du marché de l’emploi qui nuisent à la compétitivité du pays. Sans pour autant générer une satisfaction sociale et un sentiment de bien-être collectif palpable. Il est donc grand temps de les questionner.


De la nécessité aujourd'hui d’un idéal de gauche rénové

Cet idéal est d’autant plus nécessaire et urgent aujourd’hui, que son prédécesseur ne fait plus rêver personne et que la société tend à s’éloigner des valeurs fondamentales de la gauche, au grand désespoir des faibles, des marginaux, des laissés-pour-compte, des discriminés et des idéalistes qui craignent pour leur avenir et voient leurs chances de réussir reculer jour après jour.


- L’ascenseur social ne fonctionne pas.
- Le chômage de longue durée est quant à lui, bel et bien là, depuis deux décennies.
- La législation sociale très protectrice et restrictive ne rassure pas les employés.
- Le système des retraites est menacé.
- L’enseignement public n’est pas performant. Celui de la santé se lézarde.
- Des quartiers périphériques concentrent des minorités ethniques qui oscillent entre discrimination et désintégration.
- L’écart entre les salaires ne cesse de croître.
- Au nom de la compétitivité nationale dans une économie mondiale globalisée, le capitalisme se débride.


Quelle espérance de gauche pour aujourd’hui ?

1. Un état performant et conquérant au service du bien-être collectif


Depuis 25 ans en France, le périmètre de l'Etat recule, au rythme des privatisations (des banques, des grandes industries nationales, des autoroutes, des aéroports), des assauts constants du secteur privé (qui gagne du terrain dans l’enseignement et la santé), et de l’ouverture de marchés jadis réservés à des grands monopoles publics (téléphone, électricité, gaz, eau, propreté, poste).

Cette évolution est liée d’une part à des tendances réglementaires qui dépassent le cadre national (Union européenne, OMC) et sur lesquelles il est difficile de faire marche arrière en solo, et d’autre part à la non-performance de l’Etat : inéfficace et déficitaire


Une espérance de gauche, c’est restaurer à tout prix l’efficacité et la performance de l’état sur ses prérogatives fondamentales (éducation, santé, protection sociale, sécurité, grandes infrastructures). « Un état plus performant pour cesser le toujours-moins d’état ». C’est donc généraliser la culture d’efficacité dans le secteur public, c’est réformer le fonctionnariat et ses complexités pour converger vers le modèle (qui marche) du privé. C’est instaurer de la concurrence entre les établissements publics (Lycées, Hopitaux). C’est encourager davantage les établissements ou les fonctionnaires les plus performants et utiliser les gains de productivité pour traiter les zones à problèmes ou les crises conjoncturelles. C’est faire la chasse aux déficits de tout genre. C’est instaurer la sélection à l’entrée des universités. C'est viser l'excellence en matière d'éducation, de santé publique, d'infrastructures, d'urbanisation...

Pour que l’avenir soit comme nous l’espérons, l’état doit être performant sur ses missions pour le plus grand bénéfice de la collectivité.

2. Une société qui consacre ses ressources à lutter efficacement contre les inégalités réelles


La république française obsédée par cette notion d'égalité qui lui consubstantielle, tolère des inégalités importantes, durables et croissantes ! La société a changé. On ne peut pas promouvoir l’égalité aujourd’hui comme on le faisait il y a 50 ans.

Exemple : dans les grandes écoles publiques (X, ENA…), l’égalité était assurée par un concours identique et anonyme pour tous les enfants de la république (par définition plus égalitaire qu’un « intégration sur dossier » propice aux clientélismes, pistons et autres iniquités).

Aujourd’hui, les statistiques prouvent que le système de concours universel génère un recrutement non-démocratique (peu de fils d’ouvrier dans les amphis de l’X) et réservé à une élite sociale qui peut se permettre de financer les études de ses enfants dans les meilleurs collèges et lycées privées avant de multiplier leurs chances en prépa avec des cours particuliers très onéreux.

La discrimination positive courageusement engagée par science-po ou le système de soutien scolaire aux lycées des zones défavorisés mis en place par l’ESSEC prennent en compte les inégalités réelles observées, créent des entorses à l’égalité (théorique) de tous devant les concours pour regénérer de l’égalité sociale dans les amphis de leur enceinte puis à la sortie de l'école.

Le système de carte scolaire a été mis en place au nom de la mixité sociale dans les établissements publics d'enseignement. Or, la mixité sociale étant très relative dans les quartiers résidentiels et autour des bons collèges et lycées, ce système est profondément injuste et responsable de la perpétuation d'une inégalité sociale insupportable.

Le système de subvention de l'état aux établissements privés d'enseignement est un scandale absolu (qui coûte plus de 7 Milliards d'EUR par an à la collectivité) et une pratique honteusement anti-républicaine, lorsque l'on voit l'état de certains collèges de banlieue. Les établissements publics étant ouverts à tous, l'Etat ne doit pas investir un centime dans une école privé tant que le système éducatif public n'est pas parfait.

Un bac "égalitaire" généreusement offert à quasi-tous, une université pauvre et "égalitaire" ouverte sans condition à tous les bacheliers, ce sont des illusions d'égalité républicaine qui entretiennent pour quelque année l'illusion d'une équité sociale jusqu' à ce que le marché de l'emploi se charge de restaurer la triste réalité, par les difficultés chroniques des jeunes à rentrer sur le marché du travail.

Face à cela, des grandes écoles socialement sélectives, généreusement financés par l'état, perpétuent la domination d'une élite, sans brassage et sans renouvellement. Des Business schools semi-privées au frais de scolarité discriminants (HEC, ESSEC...) voient même l'état financer généreusement les classes préparatoires de 5 000 étudiants chaque année !!!

Au nom de l'égalité du concours, que d'inégalités réelles sont tolérées, regénérée et financées par l'état.

Une politique de gauche rénovée est une politique qui lutte contre les inégalités réelles au lieu de préserver couteusement des égalités théoriques.


3. La France nous protégera mieux en facilitant notre accès aux ressources sociales

Les systèmes de protection mis en place après-guerre protégent ceux qui ont, aux détriments de ceux qui n’ont pas :

Lorsque vous avez un CDI, votre employeur peut difficilement se séparer de vous même si sa situation économique l’incite à le faire. Résultat, il n’embauchera pas d’autres CDI en période de prospérité de crainte de payer cher sa générosité sociale en période de crise. Le système de protection de l’emploi protège les employés au détriment de l’emploi dans le pays et des chômeurs.

Lorsque vous louez un logement, votre propriétaire peut difficilement vous mettre à la porte, même si vous ne payez pas vos loyers. Résultat, les propriétaires relèvent considérablement leurs exigences de départ aux détriments de larges couches de la population qui ne peuvent pas apporter les ressources et les garanties demandées . Et voici un système de protection qui agresse de demandeurs de logement.

Il est plus grave et plus injuste de vivre dans une société qui ne vous emploie pas, ne vous loge pas et vous bouche tous les horizons en vous donnant quelques miettes pour survivre, plutôt que de vivre dans une société où vous perdez logement ou travail pour en retrouver facilement avec un Etat qui vous aide à le faire dans les meilleures conditions.


Une politique de gauche rénovée se préoccupe d’abord de multiplier et de faciliter les opportunités d’emploi et de logement avant de protéger ceux qui disposent déjà de ces ressources.

Il y a en France en matière de protection, une catégorie de la population, qui est manifestement surprotégée, une injustice flagrante qui mine la crédibilité de la devise républicaine et donc la moralité de l'Etat : le statut des fonctionnaires qui représentent près de 30% de la population active. 6 millions d'employés qui ne connaissent pas l'insécurité de l'emploi et qui côtisent 38 ans pour leur retraites (soit deux ans de moins que le salarié du privé de plus en plus soumis aux aléas de la vie économique et à ses impératifs très stricts de productivité). Comment l'état garant de l'égalité de ces citoyens peut-il s'offrir le luxe de financer à grand frais une inégalité de plus en plus insupportable ? La gauche ne peut pas ne pas proposer de solution à ce problème, quelque soit sa clientèle électorale. Il en va de sa crédibilité et de sa capacité à réformer le pays.

4. Bien choisir qui finance la collectivité

Le système actuel des prélevements publics (fiscalités + charges sociales) est profondément marqué par une lecture marxiste dépassée de l'économie et des rapports sociaux.

La société était conçue comme le théâtre d'une lutte entre des capitalistes exploiteurs et des travailleurs exploités.

L'Etat utilisait le nécessaire financement de la collectivité pour rééquilibrer le rapport de force en ponctionnant largement les bénéfices des entreprises et en les re-taxant avec des charges patronales ; l'autre contributeur majeur étant les classes laborieuses, bourgeoises moyennes et supérieures.

S'il parait essentiel de maintenir la logique redistibutive (des riches plus taxés pour soutenir les pauvres) au nom de la solidarité nationale, la réalité économique a bien changé. Le travail est dans la société d'aujourd'hui une bénédiction à encourager plutôt qu'un exploitation à punir. Il est donc critique de revisiter le financement de la collectivité sans a priori idéologique anti-patronal de type marxiste mais avec les principes de bon sens qui suivent :

Doivent contribuer au système l'ensemble des acteurs qui nuisent à la collectivité (pollution, cigarette, armes...) et ceux qui profitent de la richesse générée par le service public : les citoyens qui ont accès à un enseignement et à un système de santé publique / les entreprises locales qui utilisent des infrastructures publiques et l'ensemble des entreprises qui écoulent des produits sur le marché local (profitant de la richesse sociale et du pouvoir d'achat générés par la collectivité).

Il parait aujourd'hui absurde qu'un produit Chinois vendu en France, qui bénéficie du pouvoir d'achat d'une population éduquée et soignée par la collectivité Française, le soit dans les mêmes conditions (douanières) qu'un produit Français dont la fabrication nourrit des Français et finance la collectivité. Le libre-échange étant devenu un dogme indiscutable des temps modernes, il faut au moins diminuer les charges et les impôts sur l'entreprise installée localement pour taxer le prix des biens vendus (TVA revue à la hausse comme en Allemagne).

5. La vision de la France : le pays où il fait bon vivre et travailler.

Une politique socialiste doit ouvrer à construire une France où la qualité de vie est exceptionnelle, une France où le niveau de formation est très élévé, où la vie économique est orientée vers des marchés porteurs, une société solidaire et juste qui combat les inégalités en son sein en donnant les mêmes chances à tous en début de vie et en accompagnant le plus efficacement possible les accidents de la vie. Une France qui encourage l'emploi, l'innovation et qui prend soin de son environnement. Une France qui profite de sa géographie exceptionnelle pour attirer tous ceux qui veulent vivre agréablement et travailler efficacement en leur offrant des prestations sociales uniques au monde !

Voila mon idéal de gauche pour ma France que j'aime !

La photographie intitulée "Dying Rose" est signée Chris de http://www.projekt1design.com


CRYZALID, critiques optimistes / 11 Août 2006
http://cryzalid.blogspot.com







Le PS : 23 ans sans idées neuves…


"Qui aime bien, chatie bien"

Que mes amis socialistes veuillent bien m'excuser pour ce qui suit : un constat sévère et sans concessions d'un socialiste sincère qui attend davantage de son parti préféré.

Qui aurait pu imaginer dans l’extraordinaire bouillonnement d’idées progressistes des années 60, qu’un jour le socialisme serait à court d’idées, et que ce jour se prolonge plus de 20 ans ?

Les gauchistes les plus passionnés ont peut être rêvé que le socialisme devienne à terme inutile, dans une société qui aurait achevé de concrétiser leurs idéaux d’égalité et de justice sociale.


Mais qui pouvait croire que cette panne d’idée intervienne dans un contexte où le capitalisme le plus rude reprend du poil de la bête ? où les inégalités s’accroissent ? Où le chômage de masse s’installe dans la durée ?

Personne !

La gauche avant 1983 : une formidable usine à idées

La richesse intellectuelle de la gauche a été l’une des grandes constantes de l’histoire politique de la France au XXe siècle. Les socialistes de la SFIO puis ceux du PS et leur famille de pensée (CGT, PCF…) ont irrigué la politique française de nombreuses idées, de nombreux projets, qui ont changé, de façon spectaculaire, la vie des Français (réformes du front populaire en 1936) et structuré fondamentalement la vie politique de ce pays.

A l’exception notable du Gaullisme (qui a eu son idéologie propre), faire de la politique en France, c’était essentiellement se définir "pour ou contre" les idées de gauche. Un intellectuel, disait-on, était forcément de gauche. Et si ce propos est sans doute excessif, les exceptions, du moins étaient rares : Raymond Aron, André Malraux.

Cette formidable usine à idée était animée par une « élite de gauche » faite d’intellectuels, de professeurs, d’instituteurs et d’une large classe instruite (militants, fonctionnaires, professions libérales). Cette élite, qui gravitait plus ou moins loin dans l’orbite socialiste, pouvait puiser sa compréhension du monde réel dans le contact avec les ouvriers, à travers des syndicats forts, capillaires et très actifs (associations sportives, cours du soir…).


Elle pouvait confronter cette réalité concrète qu’elle rencontrait dans les usines, avec ses idéaux sociaux pour élaborer des idées politiques et des projets concrets. Une fois ces idées politiques élaborées, les partis de gauche et les syndicats avaient la capacité des les diffuser largement dans les couches populaires à travers le tissu syndical et associatif.

C’est ainsi que la gauche s’est battue à coups d’idées pour l’accroissement des droits sociaux, pour l’application des droits de l’homme, pour l’installation de services publics sur tout le territoire et pour tous les besoins fondamentaux, contre le colonialisme, contre le racisme, pour la liberté sexuelle, pour la cause féministe, contre la peine de mort, pour l’Europe…

Après 1983, la machine à idées socialiste se grippe

1981-1983 constitue une apogée de la politique progressiste mise en action : F. Mitterand, euphorisé par sa victoire historique (après 2 échecs aux présidentielles) et précipité par la perspective d’un cancer qu’il savait mortel, enchaîne les réformes à un rythme effréné.


Tout le monde, dans le « peuple de gauche », est persuadé que l’on va changer la société, avec des idées généreuses, appliquées avec un volontarisme inédit (dans l’histoire du pays, et dans l'environnement international de l'époque, où les anglo-saxons nous observent avec ébahissement et moqueries).

Et puis, c’est 1983, une crise financière aigue, un chômage et une inflation qui explosent, une conjoncture internationale défavorable et le gouvernement Mauroy qui décide de décréter la « rigueur », au nom de l’intérêt national du pays. Un contre-choc violent après le feu d’artifice de 81.

Et puis…plus rien… plus d’idée nouvelle ! L’encéphalogramme socialiste s’aplati brutalement.

Les congrès socialistes se suivent et se ressemblent : les mots employés sont les mêmes. Les tabous n’ont pas changé. On y entend les même incantations et les mêmes débats (pour ou contre le capitalisme, pour ou contre l’alliance avec l’extrême gauche, pour ou contre l’europe). En sortie, les résolutions et les programmes ne changent pas non plus.

Quelles sont les recettes que nous ressassent nos camarades socialistes depuis ce temps là ? qu’il faut distribuer davantage les richesses, qu’il faut augmenter le salaire minimum, qu’il faut re-nationaliser des entreprises récemment privatisées, qu’il faut revoir à la hausse l’impôt sur le revenu, qu’il faut créer de l’emploi public, qu’il faut stimuler la demande pour relancer l’économie…

Cela ferait bien plaisir à Keynes et à Blum de voir que leurs idées sont encore là, intactes, 50 ans plus tard.

Mais, cette logique re-distributive à outrance ne fonctionne plus : malgré des prélèvements et des budgets sociaux pharaoniques, des collégiens ne savent pas lire, des lycéens sortent du système éducatif sans compétences et sans diplômes, les diplômés chôment, les chômeurs sont malheureux, les travailleurs se plaignent et les retraités craignent pour leur avenir. Et plus grave que cette morosité généralisée (gauloise ?), les pauvres restent pauvres alors que les riches s’enrichissent. Jaurès doit se retourner dans sa tombe.

Et alors que le discours en vigueur reste désespéramment figé, la politique de gauche, exercée par les différents gouvernements socialistes de ces deux dernières décennies, converge dangereusement vers celle de droite.

Une offre idéologique qui ne se renouvelle pas et des vieilles idées qui s'obstinent dans l’échec : Logiquement, les électeurs traditionnels du PS se détournent. Il se rendent bien compte après de multiples alternances que la politique du père Noël ne dure pas toute l’année, et que les socialistes, arrivés au pouvoir, ne tardent jamais bien longtemps à remettre la barre au centre (droit).

Le PS (on le vérifie à chaque scrutin) s’est coupé de sa base électorale traditionnelle populaire et ouvrière. Avec son score au premier tour des présidentielles de 2002, il se voit contester sa position de seconde force politique majeure par le longtemps marginal FN.

Et pour couronner le tout, la droite, longtemps complexée sur le terrain des idées, taxe la gauche d’incarner le « nouveau conservatisme », obnubilé par la préservation de ses acquis et incapable de proposer des alternatives. Dopée par le travail prolifique des think tanks anglo-saxons, la droite française ne cesse de se ragaillardir à coup d’idées et de concepts nouveaux (au moins dans la forme) : immigration choisie / "droits égaux–devoirs égaux"/ politiques de l’emploi plus incitatives / discrimination positive.

Et la gauche, fleurant bien l’imposture intellectuelle de ces nouvelles idées ultra-libérales, ne sait rien opposer à la « pensée unique ». Elle rêve de troisième voie sans pouvoir la formuler. Et lorsqu’elle observe ses camarades socialistes allemands ou anglais, renouveler leur corpus idéologique et mettre en place des réformes nouvelles, elle dénonce la contagion libérale. Les vieux démons congénitaux du socialisme, « trahison de l’idéal révolutionnaire » et la « collusion avec l’ordre bourgeois », hantent encore les couloirs et le esprits rue de Solférino.


Pensée socialiste : les raisons d’une panne

J’attribue cette panne d’idées du parti socialiste à plusieurs facteurs :

1. La lente agonie des syndicats français :


- Ils ne représentent plus que 7% de la population active en France après des décennies de baisse continue des effectifs.

- Des syndicats moins puissants, décapités par la désindustrialisation et la hausse du chômage qui privent le PS de ses relais dans les couches populaires.

2. Une génération "politiquement moins douée" :

- La génération des énarques d’après 1945 a succédé à une longue lignée de héros socialistes (J. Jaurès, J. Guesde, L. Blum, P. Mendès-France, et …F. Mitterand).
- Faisant leur apprentissage politique à l’ombre de ces monstres, ils se sont concentrés ce qu’il savaient faire de mieux, et que leurs aînés maîtrisaient moins : une politique technocratique et professionnelle, une politique d’appareil et de lobbying, une politique laborieuse qui travaille sur la base d’une maîtrise des dossiers, par opposition à la politique vibrante, idéologique et populaire des tribuns qui les ont précédés.
- Ces professionnels de la politique savent interpréter les aléas de l’opinion publique sans arriver pour autant à être en phase avec le peuple. Leur prise de risque est moins grande et mieux calculée. Ils gèrent leur image et leur positionnement sur l’échiquier politique, au lieu de comprendre et de faire vibrer le peuple.
- Des « experts » de la politique plus cérébraux et plus calculés, mais moins charnels et moins tactiles que les « animaux politiques » de l’ère précédente : le lien avec le peuple se distend !

3. Un snobisme de gauche par rapport à l’économie :

- La technocratie ne forme pas les hommes politiques les plus populaires. Les technocrates de gauche, peut-être pour se distinguer de leurs camarades (d’école) de droite, ont cherché à se faire pardonner cette tare originelle, par une attitude toujours distante envers les « ennemis de classe » de leur clientèle électorale, « les patrons » et leur joujou préféré, l’économie. Les politiques de gauche ont toujours manié avec précaution et parcimonie le jargon économique dans leur discours politique.
- Avec l’exercice concret du pouvoir, ils se sont heurtés à l’impitoyable réalité de la vie économique, ont modifié leur mode d’action politique en conséquence, sans toutefois l’intégrer dans leur discours et leur idéologie.
- D’où une schizophrénie croissante entre l’action et le discours difficile à assumer après des électeurs, et une difficulté absolue à faire évoluer l’idéologie socialiste française au diapason du monde réel.
-
L’économie joue aujourd’hui, plus que jamais auparavant, un rôle central dans la vie quotidienne des citoyens. Se couper de l’économie réelle, c’est courir le risque de ne pas la comprendre, c’est se couper de la vie des gens, c’est être incapable de la changer.
- Marx, lui même, a commencer ses travaux par une étude précise de l’économie réelle. Marx est encore enseigné aujourd’hui dans des business schools reconnus comme un des premiers spécialistes du capitalisme.
- Des socialistes qui ne comprennent pas les exigences économiques, s’obstinent à proposer des solutions politiques non-réalistes (telle la fameuse relance keynesienne qui, dans un contexte libre-échangiste, s’évapore avec l’augmentation du déficit commercial) ou non-durables (une création d’emplois public qui creuse les déficits de la nation).


4. Des sources d’idées taries ou bouchées :

- La gauche s’est coupé de syndicats moribonds qui végètent (pas d’idée qui émerge de la base / des idées d’appareil qui ne redescendent pas auprès des électeurs)
- Le PS s’est coupé de « l’internationale socialiste » et ne cultive que dédain et mépris pour les autres partis de gauche européens (social-démocratie) : il ne bénéficie pas de leurs idées
- Il existe deux sources d’idée très vivaces où les socialistes refusent de s’approvisionner : l’alter-mondialisme d’une part (ses idéaux humanistes, sa jeunesse, sa modernité, son activisme, ses associations, ses blogs, ses grand-messes) et le social-libéralisme d’autre part (ses think tank et ses solutions concrètes efficaces et durables.
- Au lieu de cela, le PS s’obstine à cultiver ses idées en autarcie, dans ses bureaux à Paris et dans ses sections militantes de province.

Une vie militante riche est certes, nécessaire à la bonne santé du parti, mais ce n’est pas suffisant pour trouver des idées neuves qui changent le pays et la vie des gens, des idées efficaces et durables pour réanimer l’idéal socialiste d’une société égalitaire, un idéal en panne aujourd’hui.



En accablant de la sorte le PS et tous ses dirigeants, je me prive de toute chance de briguer la fonction suprême. J'espère qu'au moins vous appréciez cette analyse et qu'elle vous donne envie de connaître mes idées et propositions pour un socialisme renouvelé.

Prochain épisode : réflexion sur ce que doivent être les idéaux socialistes dans la société d'aujourd'hui (livré le 11/08 en soirée)

Episode suivant : programme waki avec des idées neuves pour "un socialisme performant qui fait rêver." (livré le 14/08 en soirée)

CRYZALID, critiques optimistes / 9 Août 2006.
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La stratégie gagnante d'Addoha

Vous aussi, vous voulez réaliser 30% de marge bénéficiaire et 30% de croissance annuelle, comme je vous comprends !

Les recettes du succès d'Addoha sont simples :

1. Addoha s'est positionné sur un marché très porteur : le logement social

En pleine transition démographique et avec une urbanisation qui s'accélère, Les marocains ont besoin de logements. Et ce besoin ne cesse de croître dépassant largement les capacités installées dans nos villes.

Devant la multiplication de l'habitat insalubre (bidonvilles), l'Etat Marocain s'est décidé à encourager le logement social et à l'accession à la propriété, en facilitant l'accession des promoteurs à des terrains exploitables et en accordant aux acquéreurs potentiels des couches populaires des facilités de crédit et des garanties très incitatives.

Un volontarisme qui s'est notablement accéléré après les attentats terroristes de Casablanca (16 Mai 2003) dont les Kamikazes venaient tous d'un bidonville Casablancais aux conditions de vie déplorables.

2. Addoha a adapté son offre aux besoins du consommateur Marocain

En étudiant le marché de l'habitat social et les besoins déclarés des consommateurs, Addoha a identifié comme frein majeur à l'accession à ses appartemments la lourdeur administrative souvent rédhibitoire à laquelle doivent faire face leurs clients potentiels, ballotés d'un service à un autre pendant des mois pour obtenir un prêt bancaire ou établir un acte de propriété, se heurtant à des absurdités administratives sans fin et à une corruption obligatoire quasi-systématique.

Solution miracle : Addoha a mit en place dans ses bureaux commerciaux un "one-stop-shop", c'est à dire la possibilité pour le futur acheteur de rencontrer dans un même lieu, un banquier, un notaire, le service de la conservation foncière, le trésor public, le tristement célèbre service de légalisation des signatures ainsi que les sociétés de distribution d'eau et d'électricité. Toutes les formalités peuvent être remplies en une journée. Le succès ne s'est pas fait attendre.

Cela prouve une chose : un bon entrepreneur peut transformer des facteurs lourds de sous-développement (corruption, lourdeurs administratives) en avantage compétitif décisif pour son entreprise.

Les bonnes idées sont simples et universelles, prenez en de la graine et surtout ayez confiance dans l'avenir !

Pour en savoir plus lisez Jeune Afrique n° 2377, section Ecofinance


CRYZALID, critiques optimistes / 11 Août 2006
http://cryzalid.blogspot.com



21 juillet 2006

HELP LEBANON / AIDEZ LE LIBAN

The current crisis in Lebanon is a real tragedy. Thousands of wounded civils and refugees need your help. So, PLEASE DONATE ONLINE to support them through recognized non-profit organizations :

English / US links :
- UNHCR (United Nations Refugee Agency)
- RED CROSS (International commitee for the Red Cross)
- UNICEF
- MERCY CORPS

Devant le drame Libanais, rien ne sert de pleurer. Il faut agir. Des milliers d'enfants et de familles ont besoin de votre aide. Faites-le le plus simplement du monde en procédant à un DON SUR INTERNET pour les "programmes Liban" d'ONG fiables et reconnues

Liens Francophones :
- HCR (Haut comité des Nations Unies pour les Réfugiés)
-
Croix-rouge (comité international de la croix-crouge / croissant rouge)
-
UNICEF
-
MSF (Médecins sans frontières)

Développement du Maroc : 8 raisons d'y croire !

Soyons bien clair !

Il ne s’agit pas ici de faire un bilan exhaustif et équilibré de la situation politique, économique et sociale au Maroc.

Il s’agit de lister les changements positifs les plus profonds, ceux qui affectent favorablement l’évolution du Maroc et qui constituent de sérieux motifs d’espoir pour son avenir.

J’ai retenu huit changements, que j’ai vu progressivement s’installer, puis s’enraciner, au fil des mes allers-retours entre la France et le Maroc, ces dix dernières années.

Huit mutations qui font du Maroc en 2006 un vaste chantier, où les besoins à combler sont énormissimes, où les moyens disponibles sont relativement modestes, mais où les directions sont claires et les énergies mobilisés.

Les 8 mutations sont les suivantes :

1/ « De sujets, les Marocains deviennent des citoyens »

Premier changement et changement fondamental : les Marocains n’acceptent plus d’être les victimes silencieuses et passive d’une administration omnipotente. Ils exigent de la part des fonctionnaires de l’état un traitement digne voire une qualité de service. Dans ce domaine, il faut dire toutefois que les mentalités progressent plus vite que la réalité.

La police change notablement son comportement, en poussant la transparence jusqu’à publier un mensuel à diffusion large (inimaginable il y a 15 ans….).

L’IER (instance équité et réconciliation) a donné la parole publique aux victimes « des années de plomb », a condamné officiellement ces exactions (disparitions, exécutions, bagnes sordides et prisons sans procès) et a dédommagé les familles des victimes. Ce faisant, elle a contribué à ancrer cette culture citoyenne et « droit-de-l’hommiste » dans de larges couches de la population.

Sur un plan symbolique, le baise main royal recule (….lentement)


2/ « On s’exprime librement au Maroc »

Sur la liberté d’expression, une anecdote personnelle amusante illustre bien, avec le recul l’étendue du changement. Agé de 8 ans, je cherchais avec mon pote d’alors une cassette vidéo à regarder. Ecartant d’emblée les sempiternels « livre de la jungle » et « Rabi Jacob » déjà vus 15 fois, il me propose un film « syassi » (« politique »). N’ayant eu aucun contact préalable dans ma vie avec ce mot, je lui demande naturellement, « c’est quoi un film syassi ?». Il me répond « c’est un film, si tu le vois, tu vas en prison ». Amusante..., l'image de la politique pour des enfants de 8 ans sous le Maroc Hassanien le plus strict. La vérité sortant de la bouche des enfants, il est vrai que la politique n’était pas un sujet dont on conversait n’importe où ou avec n’importe qui. La censure s’immiçant jusque dans la sphère privée, vous imaginez bien la qualité critique de la presse marocaine d’alors.

Aujourd’hui, quiconque se ballade dans les rues de Casablanca, peut constater aisément la floraison de nouveaux médias au ton très libre (ex : Telquel). Les tabous sont brisés les uns après les autres (rôle de la monarchie, salaire du roi) par de journalistes qui testent toujours plus loin les limites du possible, et la censure n’a cessé de reculer.

On peut au Maroc d’aujourd’hui se déclarer officiellement républicain. On peut depuis 10 ans critiquer le pouvoir et proposer des alternatives

Le roi, lui même dans ses discours, dresse des tableaux sans concession sur l’habitat insalubre, sur l’analphabétisme et sur l’ensemble des fléaux qui sévissent au Maroc.

Ces progrès spectaculaires n’empêchent pas des dérapages de l’administration et de la justice (condamnation d’Ali Lemrabet, procès excessifs de certains organes de presse pour diffamation)mais aussi des journalistes (la déontologie du métier est parfois sacrément rudoyée).


3/ « Depuis peu, la pauvreté choque les Marocains »

Pendant des années, les seuls que la pauvreté choquait au Maroc étaient les visiteurs occidentaux.

Dans une pure logique féodale, les pauvres se résignaient à accepter leur situation avec une bonne dose de fatalisme. Et les riches, dédaignant ces hordes de blédards, sales et bordéliques, étaient parfaitement insensibles à leur pauvreté.

La misérable condition d’une petite bonne de 11 ans obligée de travailler pour un salaire de misère, ce n’était pas un sujet de discussion. « C’est normal, c’est comme ça, c’est la vie » disait-on à l’époque avec une cécité sincère et totale.

La société civile d’aujourd’hui s’indigne des conditions des pauvres : les Marocains ont pris conscience que la pauvreté n’est pas une fatalité et que chacun à le droit à un niveau de vie minimum et décent.

Et le combat contre la pauvreté s’organise :
- Le palais lutte contre la pauvreté avec ses fondations. (Fondation Mohammed V…)
- Les citoyens luttent contre la pauvreté avec des ONG et des associations de charité, d’action sociale ou de micro-crédit (ex : Zakoura, Bayti...)
- Le gouvernement et le roi luttent contre la pauvreté en déployant l’INDH, initiative nationale de développement humain.


4. "La culture Marocaine se réveille"

La génération de l’indépendance (1956-2000) s’est figée culturellement dans des attitudes typiquement post-coloniales : imiter avec une admiration nostalgique la culture de l’ex-métropole ou lutter contre cette culture occidentale décadente en maintenant sous perfusion des traditions indigènes ancestrales. Quatre décennie de marasme culturel déplorable.

La nouvelle génération est, quant à elle, complètement décomplexée : elle brasse pêle-mêle les influences arabes, berbères, françaises, américaines et africaines, les modes récentes et les traditions anciennes pour générer sa propre culture.

Cela donne une vie festivalière riche et prospère (Festival d’Essaouira musiques du monde / Festival de Fez musiques sacrées), la naissance d’une véritable scène underground de jeunes musiciens très créatifs (Boulevard des jeunes musiciens de Casablanca), un cinéma Marocain qui produit enfin des films dignes de ce nom (A la recherche du mari de ma femme, Ali Zaoua, Marock) et des langues nationales qui se revitalisent :

- La « dareeja » (dialectal marocain) est à la mode dans les journaux, les forums de chat, les SMS, les blogs et dans la publicité : elle est définitivement plus « in » que la langue Française jugée trop classique et pas assez démocratique.
- Les langues berbères s’émancipent de leur condition de patois primitifs à laquelle elles étaient réduite. Elles s’enseignent et se développent, notamment avec les initiatives de l’IRCAM, institut royal de la culture amazigh.

La publicité Marocaine développe son propre langage et explore des registres créatifs propres.

Des vieilles traditions en perte de vitesse regagnent du terrain et de la popularité : musique gnawa, industrie du caftan, peinture Tadellakt


5. "Les femmes deviennent des hommes comme les autres"

Malgré les progrès de l’islamisme, le statut de la femme ne cesse de progresser :

- L’alphabétisation des femmes progresse.
- Après les universités, c’est le parlement qui se féminise lentement mais sûrement
- Les femmes investissent de nombreux nouveaux métiers jadis exclusivement masculins (police, transport en commun, autorités religieuses….)
- La réforme du code du statut personnel renforce le droit des femmes dans de nombreux domaines vitaux. (voir http://www.mincom.gov.ma/french/generalites/codefamille/Innovations.html)

Il y a encore beaucoup de progrès à faire et de combats à mener, mais l’émergence de la femme Marocaine en tant que citoyenne à part entière me paraît être un processus historique inéluctable pour le plus grand bénéfice du développement du pays.

6. "Le champ religieux est réinvesti / restructuré"

La religion était un champ longtemps laissé à l’abandon par les élites politiques et intellectuelles du royaume, malgré la centralité de la question dans la société marocaine.

C’est un champ où de nombreuses mauvaises herbes ont poussés (mosquées clandestines, diffusion de cassettes et DVD extrémistes, progression des associations islamistes) mettant en danger la sécurité du pays (attentats du 16 mai 2003).

C’est un puissant levier de mobilisation et de transformation sociale que les élites dirigeantes se sont enfin décidés à réactiver à travers :

- Le dépoussiérage des institutions existantes et la création d’un « conseil supérieur des oulémas » et de « conseils régionaux » chargés d’animer la vie et l’enseignement religieux selon des préceptes ouverts, humanistes et démocratiques.
- Des lois sur la création et le financement des mosquées.
- Une mobilisation de la police et de l’appareil judiciaire pour lutter contre les discours haineux et anti-démocratiques (fermeture de mosquées salafistes / confiscation des instruments de propagande extêmistes).

Quant à nos intellos, le Maroc s'impose aujourd'hui comme un centre important dans le monde arabe où l'on repense l'Islam à la lumière de la rationalité contemporaine et de ses outils, où on le revitalise avec des interprétations nouvelles du texte coranique et des travaux comme celui de Rachid Benzine et ses "nouveaux penseurs de l'Islam".


7. "Le développement ne viendra pas du ciel"

Le Maroc n’attend plus la pluviométrie et la générosité des européens pour effectuer son développement.

- Création d’un grand port à vocation internationale « Tanger Med » (détroit de gibraltar)
- Réalisation d’un programme autoroutier national avec 150 kms par an sur 15 ans.
- « Plan Azur » avec le développement de 6 stations balnéaires internationales sur les littoraux atlantiques et méditerranéens avec pour objectif 10 millions de touristes en 2010
- Zones franches pour développer des activité de off-shoring et accueillir les maquiladoras de l’europe (usines délocalisées pour bénéficier des coûts de main d'oeuvre locale)
- Multiplication des accords bilatéraux de libre-échange avec l’UE, les Etats-Unis…

Un développement mené tambour battant par une génération de quadras technocrates formés dans les meilleures écoles de France et du Maroc (Mohammed Hassad, Driss Benhima, Adil Douiri, Khalid Oudghiri, Fouad Ali Al-himma, Hassan Aourid, Chakib Benmoussa, Karim Ghallab, Saâd Bendidi, Mostafa Terrab …) placés dans des postes sensibles (cabinet royal, gouvernement, haute administration, grandes entreprises) pour animer les impulsions politiques émanant du palais royal : c'est le système M6, un système pragmatique et efficace, qui court-circuite les lents mécanismes parlementaires, pour gagner du temps et sécouer le système administratif.


8. D’autres « Casablanca » émergent

Casablanca n’a plus le monopole du dynamisme au Maroc. D'autres villes émergent de leur longue torpeur provinciale, bénéficiant de plus d'attentions du pouvoir central et d'un certain essaimage des élites casaouies ou rbaties (=from Rabat)

- Marrakech est en pleine forme avec son succès touristique international.
- Avec son énorme port flambant neuf et ses zones franches à 15 kms de l’europe, Tanger se prépare à devenir une métropole qui compte dans le bassin méditerranéen.
- Rabat et Salé vont être transformées par des travaux urbanistiques dignes du baron Haussmann. (projet Bouregreg)



En guise de conclusion...

Une partie de ces mutations résulte d’une évolution naturelle de la société Marocaine. Ce mouvement « structurel » est lui-même dû aux effets conjugués de la démographie, de l’alphabétisation, de l’urbanisation et de l’arrivée à maturité d’une génération qui n’a jamais connu l’ère coloniale.

D’autres sont clairement le résultats d’initiatives et de décisions royales, de l’ouverture démocratique initiée par Hassan II (avec l’alternance), aux premières décisions significatives de Mohammed VI.

Mohammed VI qui a ouvert substantiellement le champ de la liberté d’expression au Maroc, est bien plus volontiers critiqué sur la scène publique que ne l’était son père : il n’en demeure pas moins, qu’il est, avec les hommes et le système qu’il a installé, un homme clef à l’origine du vent nouveau qui souffle sur le pays.

Cette centralité très prégnante dans la vie politique Marocaine pose problème à la jeune démocratie que nous sommes, en marginalisant quelque peu l’action et les initiatives gouvernementales, parlementaires, partisanes ou syndicales. Mais devant l’urgence impérative du développement, doit-on attendre la maturation (lente) de ces autres acteurs (partis, syndicats…) ? Qui les empêche d'être brillants ?


CRYZALID, critiques optimistes / 7 Août 2006
http://cryzalid.blogspot.com

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20 juillet 2006

Maroc : Analyse du phénomène Islamiste

Photographie de Shirin Neshat (voir note en bas de page)


1. Analyse du mot "islamiste"

- Derrière ce mot "islamiste" se cache une réalité complexe et composite qui regroupe des individus aux comportements et aux convictions radicalement différents.

- Une grande partie des islamistes récusent ce mot et ne se reconnaissent pas en lui : ils se voient et se revendiquent comme simplement de vrais bons musulmans.


- Quel synonyme ? Parmi les vocables fréquemment utilisés pour signifier l'islamisme, on note l'usage fréquent des mots suivants : fondamentalistes / extrêmistes / radicaux / Ultra-orthodoxes.

- L'utilisation du mot fondamentaliste comme synonyme d'Islamiste me parait être une erreur grossière : en effet, les fondamentalistes recherchent leurs règles et préceptes religieux dans les fondaments de la religion, dans ses textes fondateurs, faisant fi des sédiments successifs de tradition accumulés depuis des siècles. Il s'agit là d'une démarche moderne, d'une approche réformiste proche de l'esprit du protestantisme.

- Point commun des tous les "islamistes" : Si l'on est rigoureux, les seuls points communs que partagent l'ensemble des islamistes, en plus de leur appartenance culturelle à la civilisation islamique, sont d'un ordre purement formel et superficiel : un voile pour les femmes (condition nécessaire et suffisante) et une barbe chez les hommes (dans une moindre mesure).

2. les différents types d'Islamistes :

L'islamisme, ce phénomène monolithique fait de barbes et de voiles, cache une réalité diverse et bigarrée. En voici, quelques portraits représentatifs :

- Les "pratiquants zélés ": des bons musulmans, généreux, humanistes, "très chrétiens" diraient les Français, animés d'une foi solide, et qui souhaitent donner à la religion et à sa pratique une place importante dans leur vie, en multipliant les gestes de foi et de dévotion, en cumulant les traditions des uns et des autres : "Dieu nous a demandé de jeuner le mois du Ramadan, je le fais et rajoute 15 jours, fi sabil allah, pour un jardin plus grand au paradis". Ce sont des personnes, qui dans un pur héritage chrétien, pensent que les privations auto-infligés d'ici bas peuvent servir le bilan moral là haut dans les cieux. "Alors, tant pis pour ma séduction et ma belle cheveleure noire et soyeuse, aujourd'hui je mets le voile". Le tchador est en quelque sorte un voeu de chasteté moins excessif donc plus démocratique. Ces pratiquants zélés, qui pratiquent volontiers l'aumône et se soucient d'autrui sont, vous le voyez bien, des être, ma foi, sympathiques et innoffensifs.

- Les "tartuffes de Mahomet": des types et des nénettes qui ont compris que pour réussir dans les sociétés arabes d'aujourd'hui, l'islamisme est un label de choc, une garantie de sérieux et de moralité, utile pour emprunter de l'argent ou pour se trouver un mari. "Des bons catho du dimanche" qui pourissent la vie de leurs voisins en théâtralisant leur religiosité et en arrosant leur entourage de critiques bienveillantes et de conseils moralisateurs. La foi et la vie religieuse intériorisée
ne sont pas pour cette catégorie de gens des choses qui comptent. L'apparât seul règne en maître. Et l'islamisme, leur offre une palette d'outils marketing d'une puissance visuelle redoutable avec ses looks sans cesse réinventés de "bonnes soeurs chastes mais dynamiques", de "bouchers Afghans sportifs" ou encore "de maître yoda de la charia".

- Les "barbus fascistes" : des nationalistes frustrés qui ont mal vécu les multiples défaites arabes face à Israël, qui ressentent dans leur chair les douleurs des peuples arabes martyrs qu'ils observent impuissants à la télévision. En France, ces individus voteraient FN. Notre Skin barbu à nous, en vient à nourrir une haîne obsédante de l'autre, du "juif qui manipule le monde pour nous détruire", du "croisé américain qui veut nous noyer dans notre pétrole". Pour exorciser son mal, ce bon à rien de nazillon brûle des drapeaux, crache sa haine dans les terrasses de café, développe une logomachie antisémite pour expliquer tous ses maux, boycotte Ariel, McDo et Coca-cola. Il scanne son entourage et l'élite du pays pour détecter les traîtres qui collaborent avec l'ennemi et récuse toutes les manifestations culturelles occidentales "sionistes" qui viennent souiller "son héritage arabe" dont il est fier. Qu'est ce qu'il connait de la culture et de l'histoire arabe ? Pas grand chose à vrai dire, les cours d'histoire ne l'intéressait pas. Mais le combat contre l'ennemi, ça, il aime bien notre apprenti Hitler.

- "Les naufragés du monde moderne" : pour ceux-ci, le train de la modernité est passée et les a oublié. Ils voient les richesses les narguer au loin sans jamais en profiter. Le naufragé Européen est un bon client pour les sectes diverses, église scientologique et autres temples solaires. Le naufragé marocain n'a pas de travail, malgré son bac qui faisait la fierté de la famille. En fait, de travail, il n'en a jamais eu. De maison non plus d'ailleurs, il vit dans le bien modeste appartement de ses parents, qu'il ne quitte presque jamais. Pour se marier, il attendait travail et domicile personnel, mais comme ça ne semblait pas se concrétiser, il a sauté le pas et ses enfants ne cessent depuis de lui tourner autour dans sa chambre, qu'il partage avec sa femme, ses enfants, ses trois frères et sa pauvre mère. L'immigration clandestine, trop tard pour lui, trop cher et trop risqué. Alors, il préfère une patera terrestre pour se noyer dans une mer qu'il aime, celle qui le fait rêver, rêver de justice, rêver d'une vie meilleure un jour dans l'au-delà, une mer maternelle et spirituelle. L'islam. Et ça tombe bien, un bon ami à lui lui a recommandé la fréquentation d'un sage, un type bien, Abou Othman, qui donne des cours très bien paraît-il, un homme courageux et généreux qui aide les gens du quartier. Cette activité nouvelle dans ce cercle chaleureux, l'occuppe, le mobilise, lui donne un rôle chez lui et dans le quartier. Et voila notre homme glisser calmement dans le cercle chaleureux d'une secte Islamiste qui va d'abord beaucoup lui donner avant de lui demander.

- "Les Afghana-jones djihadistes" : des naufragés fascistes et zélés, parfois tartuffes, qui aiment bien l'action, qui préfèrent les salles de sport aux térasses de café, les films de Kung-fu aux télénovélas mexicaines, et qui, faute de visa pour l'Italie, vont bivouaquer en Afghanistan ou en Tchétchénie. Le programme là-bas est intéressant : ils sont bien pris en charge pour un prix modique. Nourris, logés, ils ont des activités culturelles avec des conférences sur le vaste complot judéo-croisé contre les musulmans et sur les dernières méthodes de fabrication d'explosif. Ils alternent ces riches moments de culture avec des belles prières collectives et des séances sportives : franchissement d'obstacle, épeuve de survie en milieu hostile, séance de tir, escalade, spéléologie....Dans ce "Club Mohamed", il y a des types sympas qui viennent de partout, les sempiternels Marocains, nos chers voisins Algériens, et des plus exotiques blonds de tchéthénie et autres frères bridés d'Indonésie, ça parle dans toutes les langues. On s'entraîne, on apprend pour devenir quelqu'un, un émir puissant et estimé....ou pour se faire exploser à l'autre bout du monde avec des dizaines d'innoncents qui n'ont jamais comploté contre personne.


Dans cette galaxie haute en couleurs, il y a bien d'autres catégories, comme les "flirteuses voilées", des "saintes-ni-touche" coquines et dégourdies qui mettent le voile pour avoir l'autorisation de mettre les voiles et d'aller voir leur copain hors du foyer familial, ou les "intellos musulmans conservateurs", équivalents des démocrates chrétiens en pays d'Islam.

Et pour finir de compliquer le topo, ces catégories sont elles-même des artifices simplificateurs puisqu'elles figent des réalités mouvantes : un pratiquant zélé peut boycotter coca-cola, financer sans le vouloir une organisation sectaire et applaudir en son fort intérieur un attentat à New-york. Chaque individu de la population islamiste est un mix variable et singulier de ces différents ingrédients, d'où la difficulté de tirer des conclusions définitives sur les islamistes en général.

3. Perspectives pour le Maroc et ses islamistes

Je suis convaincu (même si je n'ai pas de chiffres) que les sympathiques "pratiquants zélés" et les superficiels "tartuffes de mahomet" sont les plus nombreux même s'ils n'interessent pas les journalistes. Un chose est sûre, les "afghana-jones du djihad" sont dieu merci, une toute petite minorité. Une minorité particulièrement nocive qu'il faut combattre de toute urgence. Ce combat est vital pour la sécurité du pays et celle des pays avoisinnants. Cette lutte contre le djihadise salafiste et contre le terrorisme international est pour le moment bien menée au Maroc. Les deux autres catégories "fascistes" et "sectaires" sont plus ou moins orientées vers l'action. C'est vers elles que le combat pour le développement, la démocratie et la culture doit être mené.

Pour être gagné, ce combat doit aussi se faire sur le terrain religieux : les élites doivent se réapproprier le sujet religieux, pour réformer son enseignement, pour faire des mosquées de lieux éclairés et éclairants, ouverts et positifs (ce qu'elles sont censées être), pour promouvoir les principes universels de la moralité musulmane (société juste, élite charitable, égalité des citoyens, accès élargi aux savoirs) et pour construire avec nos concitoyens Islamistes une société prospère et équilibrée pour nos enfants. C'est la démocratie qui nous invite à ce dialogue difficile.

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La photo est de Shirin Neshat, une talentueuse photographe Iranienne, basée aux Etats-unis. Pour en savoir plus, http://www.artistes-en-dialogue.org/nesh01gb.htm

 
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